Il est aujourd'hui tout à fait évident que la grande majorité des concepts de la psychologie, de la psychiatrie, de l'anthropologie, de la sociologie et de l'économie sont complètement détachés du réseau des “fondamentaux” scientifiques.
On retrouve ici la réponse du docteur de Molière aux savants qui lui demandaient d'expliquer les «causes et raisons» pour lesquelles l'opium provoque le sommeil : “Parce qu'il contient un principe dormitif (virtus dormitiva)”. Triomphalement et en latin de cuisine.
Gregory Bateson, Vers une écologie de l'esprit, tome I, introduction.

J'ajouterai à la liste de Bateson la médecine et la biologie, ce que je nomme les “sciences pondérales” en ce sens que leur principale base de connaissance est la mesure. Dans cette introduction Bateson sépare clairement les approches inductive et déductive, considérant à juste titre que si l'induction est une aide nécessaire à l'élaboration des sciences, tous les fondamentaux découlent d'une démarche déductive. Pour prendre un cas évident, quand Albert Einstein développe ses deux théories de la relativité, les résultats issus de l'induction lui servent mais c'est à partir des lacunes de ces inductions qu'il développe ses théories, et il les établit par déduction. Ce n'est que par après et à partir de ses hypothèses que tout un train de travaux inductifs vérifia empiriquement certains aspects de ses théories.

Bon : la grande majorité des cancers du poumon est développée par des fumeurs de tabac. Mais, une part des cancers du poumon est développée par des non-fumeurs et une part non négligeable des fumeurs ne développe pas de cancers du poumon. Serait alors intéressant de découvrir ce que ne révèle pas l'induction : quelle est l'interaction entre l'individu, le tabac et le cancer du poumon ? Là on peut conduire une autre sorte d'induction, celle qui découle de cette déduction : il n'y a pas de “virtus carcinoma” dans le tabac ni de “carcinomensis” dans le fumeur mais une convergence de facteurs, à découvrir.

Je précise : il ne s'agit pas ici, comme pour les défenseurs de l'industrie du tabac, de mettre en doute cette convergence ni surtout de minorer la nocivité du tabac, par le fait le tabac n'est pas très favorable à une bonne santé, mais de s'interroger sur la cause réelle du cancer du poumon, qui n'est ni dans le fumeur ni dans le tabac mais dans leur interaction, et qui n'est pas strictement liée au tabac – à preuve les fumeurs qui n'en développent pas et les non-fumeurs qui en développent.

Pour exemple, pendant assez longtemps il y eut une inférence similaire concernant le tabac et l'emphysème, or depuis environ trois décennies il y a une politique volontariste de réduction du tabagisme aux États-Unis et corrélativement une augmentation du nombre de cas d'emphysème, ce qui prouve une décorrélation entre le tabac et cette maladie, donc une causalité fausse. Ce qui n'induit pas l'absence de causalité, simplement elle n'est pas aussi simple qu'une quelconque “virtus enphytemisa” (“virtus enphysemita” ? Ah ! Le latin de cuisine...) du tabac comme cause première de l'emphysème.