De l'autre côté, ça peut constituer un appât, prétendre qu'une chose est incroyable intrigue ou attire, assez souvent, on peut anticiper sur le fait qu'au bout du compte on apprendra que ce que donné pour incroyable est croyable... Le paradoxe attire.

Là-dessus, cet « Incroyable ! » du titre s'adresse surtout à moi, je ne peux croire – enfin si, je le peux puisque je le constate – qu'après plus d'un an de maintien et de nourrissage de ce site et quatre ou cinq mois de réflexions autour du sujet je ne sois pas parvenu à expliciter une certaine chose. Laquelle apparaît assez évidente une fois qu'on a compris qu'il n'existe qu'un seul lieu et un seul temps, ici et maintenant. Il se trouve que je ne suis pas très doué pour l'écrit, je maîtrise la technique, certes, mais la considère si limitée que j'ai du mal avec elle. Je connais (par leurs ouvrages) deux auteurs que j'apprécie pour une capacité opposée. L'un, John Varley, n'hésite pas à se lancer dans la rédaction de textes très longs ou des cycles de nouvelles qui dessinent un univers complexe, non causal, donc réaliste. L'autre, Thomas Disch, est ou du moins, fut pendant un temps, capable de rédiger des romans qui tiennent sur deux ou trois pages. On l'aura compris, je n'ai aucun de ces talents, mon truc c'est la parole vive. La raison pour laquelle je n'arrive pas à expliciter cette chose tient à cela que je n'y crois pas, je ne crois pas en la parole morte, en l'écrit. C'est ainsi...

Donc, un seul temps et un seul lieu. Ceci explique largement les complots et conspirations dont je parle d'abondance dans ces pages – de vive-voix j'en parle rarement, je préfère alors discuter de la réalité plutôt que la commenter. Le temps tel qu'on le pense habituellement se base sur une illusion perceptive qu'on peut nommer la durée, laquelle est à la fois linéaire et cyclique : il y a la répétition des jours, des mois (des lunaisons), des saisons, des années, des générations, et il y a la succession des actes, des projets, des événements, des générations. Pour en finir (provisoirement) avec mes modèles concernant les conspirations et les complots on peut associer les premières avec le temps cyclique, les seconds avec le temps linéaire, considérant que ceci est leur fin, et l'alternative leur moyen : on peut dire qu'un conspirationniste se fixe le but général de l'éternel recommencement, son action dans le monde, nécessairement linéaire, ne visant qu'à maintenir ou restaurer l'ordre des choses, le complotiste visant le changement mais trouvant ses ressources dans le retour cyclique des événements prévisibles. L'univers étant paradoxal, vivant pourtant l'un et l'autre à-peu-près la même vie, le complotiste a le sentiment que le monde change plus qu'il ne se répète, le conspirationniste qu'il se répète plus qu'il ne change. C'est en rapport avec le fait que le temps comme durée ou cycle n'est pas un objet du réel mais un objet de discours.

Les limites de l'univers.

Il faut considérer ceci, les humains sont inégaux. Sans vouloir médire, mes semblables ont pour beaucoup d'entre eux une appréciation et une compréhension limitées de l'univers, qu'ils aient des capacités de compréhension limitées ou qu'ils aient appris à en avoir une telle appréciation. Le phénomène d'humanisation est un processus complexe, qui consiste d'abord à “simplifier le réel”, on apprend aux humains nouveaux à restreindre leur perception du monde. Pour spécifique soit-elle (ce qui se comprend, chaque espèce a sa manière d'agir dans le monde) cette phase est commune aux lignées où l'inné ne domine pas dans l'être au monde des individus. Si je n'ai pas une conception téléologique de l'évolution, du moins je constate qu'il y a le temps passant une complexification des individus et espèces1.

Tout a un coût, celui de la complexité est double, plus on se complexifie plus la part d'inné se réduit, plus on est complexe plus la phase d'acquis est longue : dès qu'un individu unicellulaire se sépare de l'être qu'il duplique où à partir duquel il a été conçu, il est entièrement autonome, un individu “adulte” ; à l'inverse, un individu issu des deux branches les plus complexes, mammifères et oiseaux, reste pendant un temps assez ou très long entièrement dépendant d'adultes de son espèce ou d'autre pour sa survie. Et bien sûr, pour l'autre aspect, le temps de développement des acquis de base qui feront d'un nouvel individu un être autonome représentatif des standards de l'espèce, il peut être très long, pour notre branche, les primates simiens “hominidés”, ça prend entre quatre et sept ans minimum et pour certains individus ça peut prendre plus que le temps d'une vie, quelle que soit sa durée – pour le dire autrement, certains n'arriveront jamais à atteindre les standards de l'espèce. Les humains sont donc inégaux et de diverses manières, l'une étant ce qu'on peut nommer les capacités intellectuelles. À quoi s'ajoute le fait qu'il existe des pratiques sociales qui favorisent sciemment la limitation de ces capacités ou d'autres. Sur un plan tous les humains sont inégaux, je veux dire, tout individu est singulier donc différent de tout autre, sur un autre plan tous sont égaux puisque tous


1. Tenant cependant compte du fait que ça n'a rien d'universel, la plus grande part de la biomasse se compose d'individus et d'espèces peu complexes, la plus grande part des espèces les plus complexes, principalement les vertébrés, se recrute chez les poissons, batraciens et reptiles, les autres lignées, spécialement mammifères et oiseaux, formant une part limitée de la biomasse – parmi la biomasse animale terrestre, environ 20% des organismes complexes, les plantes autotrophes ou hétérotrophes en représentant environ 80%, plus de 80% sont des invertébrés, en tout premier des annélides, les “vers de terre”, puis viennent les insectes sociaux, principalement les fourmis, les vertébrés comptant pour moins de 10% de l'ensemble, les humains en formant une faible part. Nombres à prendre pour ce qu'ils valent, du moins ça indique que si l'évolution va vers la complexification ça ne concerne pas tous les individus, espèces et règnes, loin de là.