Je soupçonne un nombre important d'êtres humains de croire réellement que les humains sont des animaux comme les autres et que la division entre les espèces, je précise, les espèce dites conventionnellement “animales”, et les humains, est un artifice, je soupçonne qu'une part non négligeable des supposés “végans” croit réellement que les humains doivent mais surtout peuvent se priver de toute ressource animale, je soupçonne que beaucoup d'humains, de plus en plus d'humains, croient réellement que les humains ont la capacité d'agir sur le climat, de “changer le climat”, et autres billevesées. C'est idiot. Tout ça n'est pas réel. Par contre tout ça est vrai dans l'ordre de la croyance.


Ce que l'on croit n'est pas ce que l'on voit, ce que l'on voit n'est pas ce qui est, ce qui est n'est pas ce qu'il doit, ce qu'il doit n'est pas ce qu'il faut. Rien de “philosophique” dans cela, du moins rien de philosophique au mauvais sens du terme, le sens sans sens, le terme en usage de grossièreté ou d'insulte ou d'injure, c'est de l'ordre du constat. Explorons.

Je crois que je suis une entité finie et inchangée au cours des temps, or j'ai commencé ma vie extra-utérine comme un petit machin pas plus long que ma jambe actuelle, cuisse non comprise, et un poids à peine supérieur à celui actuel de ma tête, cou compris, entre ce moment et aujourd'hui la totalité de mes constituants fut renouvelée plusieurs fois, je le vois, je vois que j'ai changé, je vois que je me nourris et respire, excrète et expire, qu'à court, moyen et long termes et de diverse manières je ne cesse de me modifier, d'agir pour me modifier, pourtant ce que je crois ne correspond pas à ce que je vois. C'est heureux, mieux vaut que je croie être “le même” à tout instant de ma vie, sans cela je mettrais ma vie en grave péril, cesser de “croire en soi” est la meilleure manière de renoncer à vivre.

Je vois une image du monde, non le monde. Cette image est très sélective et correspond assez peu ou très peu à ce que des instruments plus précis et moins sélectifs “voient”, je n'ai pas cette idée assez animiste que par exemple un télescope voit quoi que ce soit, c'est l'humain derrière le télescope qui voit mais du moins, le télescope permet de voir non pas mieux mais autrement, de ne pas voir la réalité telle qu'on a coutume de la voir, ça permet à l'humain derrière le télescope de considérer que l'univers réel est assez différent de ce qu'il en voit au lieu où il vit et avec son propre appareil de vision, non pas son œil mais l'ensemble complet œil, muscles oculaires, nerf optique et zones cérébrales de traitement du signal. La vision est très sélective. Non, je minore, je mégote, la vision est extrêmement sélective à tous point de vue, le spectre d'ondes électromagnétiques perçues par l'œil est très, euh, pardon, extrêmement limité, entre, de mémoire, environ 400 et environ 800 nanomètres, à 200 nanomètres par excès ou par défaut (c'est ainsi, nous ne sommes pas égaux dans la limitation, certains “voient dans l'ultraviolet”, d'autres ou les mêmes “voient dans l"infrarouge”, et ceux qui ont une réduction de capacité de 300 nanomètres des deux bouts et bien il sont pile au milieu, ergo ils “ne voient pas”, ont une capacité nulle de vision ou au plus réduite à une ou deux longueurs d'onde) alors que la longueur d'onde minimale est celle du quantum de, disons, lumière, soit très en-deçà des micro-ondes qui vont très en-deçà des longueurs d'onde captées par l'œil et celle maximale est en toute hypothèse aussi ample que l'univers même mais bon, ce n'est pas demain et à mon avis jamais qu'on construira l'instrument en état de détecter un tel mouvement, il serait un peu grand, à-peu-près de la taille de l'univers et un poil plus, et ça prendrait un peu de temps, à-peu-près l'éternité et des poussières. Cela posé, ici et maintenant on peut capter des ondes de plusieurs dizaines de kilomètres. À quoi s'ajoute qu'on perçoit une fraction très faible, ah !, nouvelle erreur, une fraction extrêmement faible de cette frange d'ondes, cette faible fraction qui crée d'infimes variations dans le flux incessant de lumière “tombée du ciel”, la lumière stellaire, surtout celle de l'étoile locale, mais les autres étoiles ont aussi leur contribution, cela dit et vu de la Terre le soleil est extrêmement plus lumineux, même la nuit... Nous vivons dans un bain de lumière permanent dont nous ne percevons que quelques rares gouttelettes.

Ce qui est, est. Que je voie telle partie de l'univers ou non ne change rien à son essence. C'est ainsi. Et même pire : avant que je le visse donc que je vive il était, après que je cesserai de vivre donc de le voir il sera. C'est ainsi.

Ce qui est n'est pas ce qui doit parce que ce que je ne vois pas, et bien, n'a nulle valeur pour moi, et ce que doit est ce qui me concerne. Je comprends l'univers mais au-delà de cette fraction d'univers dans l'espace et dans le temps où je mène ma vie rien ne doit. Comme dit l'autre, “après moi le déluge”. Par le fait, même si je crois devoir m'inquiéter de ce que l'univers retiendra de moi “dans les siècles des siècles” c'est vain, après ma mort je serai une trace dans la mémoire de mon espèce, qui un jour ou l'autre sera une trace dans le long chemin de l'évolution, laquelle vie, localement, sur cette Terre, sera au plus tard dans 5,4 milliards d'année une trace dans l'univers, donc autant travailler à vivre une bonne vie ici et maintenant qu'ailleurs et demain...

Ce que doit n'est pas ce que vaut. Il n'y a pas d'obligation à cela mais si l'on se sent une dette envers la longue conspiration qui nous amena à naître et à vivre on doit l'acquitter auprès des générations à venir. Je me sens cette dette et je veux m'en délivrer, raison pourquoi si ni je me crois, ni ne me vois, ni ne me sais, ni ne pense être ou devoir être femme, je me dois croire être et me croire valoir être femme, pour acquitter ma dette.


Il ne s'agit bien sûr pas, par miracle ou par chirurgie et chimie, de prendre l'apparence d'un être humain de sexe féminin, ça ne changera rien au fait que je suis un être humain de sexe masculin, aussi semblable serais-je à une femme, et bien je n'aurai ni les organes ni l'endocrinologie ni tout un tas de petites particularités qui singularisent les femmes et les mettent en situation de continuer l'espèce, je ne préjuge pas de l'avenir mais en tout cas, ici et maintenant c'est impossible. Or c'est ici et maintenant que je me dois d'être, et non pas de devenir, femme. Les deux ne sont pas séparables, pour être femme il faut le devenir, il faut se penser femme, ça ne se passe pas du jour au lendemain – quoi que ça puisse se faire assez vite –, mais du moins il ne s'agit pas de le devenir vraiment. Dans le contexte, “devenir femme” revient à adopter toutes les valeurs humanistes associées aux femmes, qui n'ont rien de spécialement féminin au sens biologique ni même éthologique, mais s'opposent aux valeurs humanistes associées aux hommes. C'est une question de moment : pour parvenir à une certaine évolution de l'espèce une phase à prédominance “masculine” fut utile pendant un temps (quelques millénaires) mais a fait son temps. Comme dit l'autre,

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux :
un temps pour naître, et un temps pour mourir ;
un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;
un temps pour tuer, et un temps pour guérir ;
un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ;
un temps pour pleurer, et un temps pour rire ;
un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ;
un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ;
un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements ;
un temps pour chercher, et un temps pour perdre ;
un temps pour garder, et un temps pour jeter ;
un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ;
un temps pour se taire, et un temps pour parler ;
un temps pour aimer, et un temps pour haïr ;
un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.''

Pour autant que l'on croie que “les hommes font la guerre” et “les femmes font la paix”, ce qui ne se vérifie pas dans la réalité, même si par le fait il y a beaucoup plus d'humains de sexe masculin “qui font la guerre” au sens d'être actifs dans les combats que d'humains de sexe féminin, symboliquement “la paix”, quoi qu'elle soit, est “féminine” (je ne sais trop ce qu'est la paix mais je sais ce qu'est la guerre, disons que la paix est “la non guerre”, tous les cas qui ne sont pas la guerre). Et ainsi de suite : la douceur, l'attention à l'autre et à soi, l'éducation, l'amour, la bienveillance, les vêtements confortables ou/et coquets, les apprêts pour sa mise en valeur (parfum, maquillage...), tout un tas de choses matérielles et immatérielles sont associées principalement aux femmes et ce sont celles qu'il est assez urgent de privilégier, tenant compte que les valeurs “masculines” sont à préserver, mais à mettre pour un temps (probablement un temps assez long qui se comptera en millénaires ou même en millionnaires, mais qui sait ?) en arrière-plan, toujours là mais en mineure.


Au fait, le véganisme est “masculin” puisque que c'est la première étape d'une guerre contre la vie même. Une guerre perdue d'avance certes mais qui serait assez dommageable pour bien des espèces animales, en premier les humains. Considérons que les humains se convertissent tous au véganisme. Autant que je sache le naturisme absolu (cesser toute activité qui rende “artificiel” l'espace social humain) n'est pas dans leur projet, ni le naturisme relatif, vivre nus et se nourrir des fruits que “la nature” nous donne. Autant que je sache on est en revanche censé avoir un respect absolu de la vie animale, humains compris. Bon. Ne tuer nul animal (je ne sais pas si les insectes et autres invertébrés aussi sont à respecter mais je suppose que oui) c'est les laisser librement croître et se multiplier. Si je suis un humain et qu'un, disons, un cerf ou une truie vise la même nourriture que moi, qui des deux est prioritaire ? Si je m'en empare, j'en prive le cerf ou la truie, donc je compromets sa survie, si je m'en prive je compromets ma survie. Si l'on veut sa propre survie elle se fait nécessairement en défaveur d'autres vivants dépendant des mêmes ressources donc d'autres animaux, y compris humains. Le véganisme est non seulement idiot mais aussi mortifère, dans le cadre des écosystèmes la régulation des espèces vivant dans son espace est une nécessité vitale pour toutes les espèces qui l'occupent, ce n'est pas contre mais pour le bien des autres espèces que les prédateurs existent. La “vérité” est entre les “viandards” et les “végans”, prélever mais sans excès, tuer mais avec aussi peu de violence que possible, utiliser mais ne pas instrumentaliser le vivant. Cela vaut pour tout le vivant bien sûr, de la plus humble bactérie au Plus Merveilleux de Tous les Êtres Jamais Nés, Ma Pomme.


De toute manière, quand je mourrai vous vous en apercevrez tous, que je suis le Plus Grand des Plus Grands, sans moi l'univers ne sera plus rien ! Ou le contraire. Ouais, peut-être bien le contraire. Je vais réfléchir à la question...