Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne m’interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l’ignore. Et pourtant j’affirme hardiment, que si rien ne passait, il n’y aurait point de temps passé ; que si rien n’advenait, il n’y aurait point de temps à venir, et que si rien n’était, il n’y aurait point de temps présent. Or, ces deux temps, le passé et l’avenir, comment sont-ils, puisque le passé n’est plus, et que l’avenir n’est pas encore ? Pour le présent, s’il était toujours présent sans voler au passé, il ne serait plus temps ; il serait l’éternité. Si donc le présent, pour être temps, doit s’en aller en passé, comment pouvons-nous dire qu’une chose soit, qui ne peut être qu’à la condition de n’être plus ? Et peut-on dire, en vérité, que le temps soit, sinon parce qu’il tend à n’être pas ?
Augustin d'Hippone, Confessions, livre XI, chapitre XIV, « Qu'est-ce que le temps ? »

On ne peut dire mieux donc je dirai moins bien en espérant ne pas dire mal.


Le temps a trois aspects, temps cyclique, temps linéaire et succession des événements. Ces trois aspects se complètent mais diffèrent.

Le temps cyclique est le plus immédiat, les jours succèdent aux jours, les semaines aux semaines, les mois aux mois, les saisons aux saisons, les années aux années, chaque année voit revenir les mêmes saisons, chaque saison les mêmes mois, chaque mois les mêmes semaines, chaque semaine les mêmes jours, chaque jour suit un même jour et précède un même jour. Toutes ces divisions portent la trace d'une certaine situation dans le monde, pus on se rapproche des pôles, moins la notion de succession des jours est pertinente, plus on se rapproche de l'équateur, moins la notion de succession des saisons est pertinente. Les deux seuls notions valides partout sont le mois en tant que lunaison et le jour, sinon qu'aux pôles ou très près d'eux le jour et l'année sont une même notion.

Le temps linéaire découle du constat évident de l'enchaînement des événements : une action naît d'une autre ou en fait advenir une autre, les jours suivent et précèdent les jours, les années suivent et précèdent les années, les vies suivent et précèdent les vies.

Le temps part de l'hypothèse du passé, du présent et du futur. Comme l'a dit Augustin, « si donc le présent, pour être temps, doit s’en aller en passé, comment pouvons-nous dire qu’une chose soit, qui ne peut être qu’à la condition de n’être plus ? Et peut-on dire, en vérité, que le temps soit, sinon parce qu’il tend à n’être pas ? » Et par le fait, le temps tend à n'être pas, considérant passé et futur, n'est pas puisque passé, n'est pas puisque non encore advenu, mais « le présent, s’il était toujours présent sans voler au passé, il ne serait plus temps », et de même ne le serait-il sans voler au futur. Le présent est le lieu où se rencontrent passé et futur.

La succession des événement est certaine, actions et situations se suivent et se précèdent, ce qui est passé est passé, ce qui est à venir est à venir, mais ce qu'on peut nommer présent n'est pas séparable du passé et du futur, si j'agis ce jour, je le fais en tenant compte de mon expérience et de ma connaissance d'événements passés, et pour la réalisation d'événements futurs. Maintenant, que sais-je de certain sur le passé qui me permette d'anticiper sur la réalisation de mes projets futurs ? Très peu, et plus ce passé est distant dans le temps et l'espace, plus mes projets d'avenir sont distants dans le temps et l'espace, plus grandes seront les incertitudes quand à la validité des mes projets, plus grand le risque qu'ils se réalisent autrement ou ne se réalisent pas. Le futur est contenu dans le présent mais moins le passé est contenu dans mon présent, moins j'en sais sur lui, moins mes prévisions sur la réalisation de mes projets auront une base solide.

Les humains sont des animaux mais des animaux singuliers dotés de capacités propres que nulle autre espèce ne possède, reste que ce sont des animaux et en tant que tels, héritiers de tout ce qui constitua leurs ancêtres lointains, pré-humains et proto-humains. On peut dire que le temps cyclique est celui valant pour tout être vivant, que ce soit dans les individus ou dans les espèces, il y a effectivement des cycles, ceux mentionnés, qu'on dira naturels. Hormis une partie des cercles polaires, le cycle universel est celui de la journée, divisé en jour et en nuit, et concernant les humains, même ceux vivant dans des zones où le jour dure ce qui ailleurs est la durée de l'année conservent de leur très long héritage, celui d'une espèce qui apparut et se développa dans une zone où il y a en gros 365 journées annuelles, elle-même héritière de toute une lignée d'espèces ayant connu les mêmes conditions, un cycle biologique de cet ordre, le cycle circadien (mot qui signifie “d'environ une journée”). Même si les deux cycles les plus longs, saisonnier et annuel, sont moins sensibles dans une partie des zones tropicales et presque insensibles à l'équateur, ils existent cependant, et en tout cas d'une part les humains ont migré de longue date dans des zones où ils sont sensibles, de l'autre ils sont aussi héritiers de lignées qui les ont connus. On peut les dire eux aussi naturels, la vie d'un humain hors zone équatoriale est réglée par l'alternance des saisons et par leur retour régulier. Comme l'a dit un sage ancien,

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux :
un temps pour naître , et un temps pour mourir ;
un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté.

Le fait est. Ces cycles-là sont en partie inscrits dans les individus et, selon les espèces, plus ou moins incontournables : celles, animales ou végétales, qui “hibernent”, doivent par nécessité considérablement ralentir leur activité en période hivernale sous peine de ne pas pouvoir y survivre, et en tout cas toute espèce doit adapter ses comportements selon les saisons du fait d'une variation parfois considérable dans la disponibilité des ressources vitales et dans les conditions atmosphériques, météorologiques.