Un jeu certes mais un jeu sérieux, on peut tout s'y permettre sauf de ne pas respecter les règles, la sanction pour les tricheurs est toujours la mort, réelle ou sociale. Non parce qu'on doit les mettre à mort, même si ça se fait, mais parce que tricher avec la vie c'est agir pour la mort. Les tricheurs croient, semble-t-il, pouvoir tricher avec la mort. Pour l'instant, aucun humain n'a réussi dans ce jeu avec la mort. Le problème avec les tricheurs est simple, quand on joue pour la mort elle réclame son dû, et pour lui fournir son dû ils lui livrent d'autres joueurs. Le truc que semblent ne pas comprendre les tricheurs est que vient toujours un moment où ils ne pourront plus tricher, soit qu'on les découvre, soit qu'il n'y ait plus qu'un joueur — et la mort. Qui réclamera son dû.

Quelques questions sur l'univers et la vie.

La forme de l'univers.

Il semble que l'univers n'a pas de forme déterminée. J'en dis il y a quelques lustres qu'il est fini mais illimité : fini parce que pondérable, illimité parce qu'en expansion. Cela dit c'est une hypothèse, la plus valide actuellement mais l'Histoire des sciences montre que la représentation de l'univers est tributaire des moyens techniques et intellectuels de l'époque : dans le contexte technique et scientifique de l'époque de Ptolémée son modèle de l'univers est suffisant. À son époque et avant existaient d'autres représentations, que l'on peut considérer pour certaines comme moins erronées, mais la cosmogonie ptoléméenne était très suffisante pour faire des prédictions fiables sur les mouvements des astres dans son contexte, à la jonction des continents eurasiatique et africain.

Les êtres vivants tendent à vouloir étendre leur connaissance de l'univers. Bien sûr, selon les individus l'extension de cet univers varie beaucoup, je ne sais pas comment une bactérie ou un lombric voient l'univers mais très probablement ils en ont une perception beaucoup plus restreinte qu'un corbeau, extrêmement plus restreinte qu'un être humain. Mais dans une espèce même et dans un individu cette extension varie dans le temps. Il m'arrive de l'écrire, le passé comme le futur sont dans le présent. En général je le dis en discutant de l'Histoire et des humains mais c'est vrai pour tout, le passé de l'évolution est dans le présent puisque les formes de vies qui apparurent tout au long de cette évolution sont toujours là, le futur aussi puisque l'évolution future est en puissance dans l'hérédité des espèces actuelles, le passé d'une espèce est dans le présent puisque le comportement des individus repose sur les acquis de l'espèce au cours de son évolution, le futur aussi puisque l'évolution de l'espèce dérivera de ses comportements actuels, le passé est dans l'individu puisque son développement est guidé par son hérédité, le futur aussi puisque son évolution dépend de son environnement. La capacité des individus à étendre leur compréhension de l'univers est liée à leur capacité à étendre leur connaissance de celui-ci. Ces considérations ont un rapport au premier alinéa de la présentation de cette partie du site :

D'un sens, Leibniz n'avait pas tort, ce monde est le meilleur possible. Il fit de grandes démonstrations pour tenter de le prouver, je me contenterai d'un seul motif : il n'y a pas d'autre monde disponible, donc c'est le meilleur car le seul. Et aussi le pire possible, puisque que le seul disponible. Et le "ce que l'on veut" possible puisque que le seul disponible. Après cela, les démonstrations, les preuves, les causes premières et tout le tremblement, peu me chaut, ce monde est ce qu'il est, on y trouve le meilleur, le pire et le reste, j'essaie autant que se peut d'éviter le pire et d'aller au meilleur mais on n'a pas toujours le choix…

Le pire pour moi est la croyance qu'il n'y a pas d'alternative, le meilleur la croyance qu'un autre monde est possible. Étant moi-même incroyant je n'adhère à aucune des deux mais ai une préférence pour la deuxième parce qu'elle rend compte de la réalité perceptive, la première ne se voit jamais confirmer sinon à court terme, au plus et rarement à moyen terme, et assez localement dans l'espace et le temps. Il peut sembler contradictoire d'affirmer qu'il n'y a pas d'autre monde possible et de dire que de ces deux croyances la plus valide serait celle qui postule qu'un autre monde est possible. La question est en fait : quel monde ? La réponse est au début de l'alinéa qui précède la citation : les êtres vivants tendent à vouloir étendre leur connaissance de l'univers. Pour clarifier les choses, je vais nommer ici univers l'ensemble de la réalité, monde la réalité locale qui gouverne notre existence. Par le fait l'univers entier gouverne notre existence mais ce qui l'influence massivement le plus est cette portion de l'univers qui constitue le système solaire. Chaque fois qu'il y a une extension qualitative de notre connaissance de l'univers on bascule dans un autre monde sans que cela change considérablement l'univers. Voici la possibilité d'un autre monde, ce n'est pas tant lui qui change que notre rapport à lui, qui nous permet cependant et localement de le modifier assez pour sa partie qui nous concerne. Pas aussi significativement que semblent le croire nombre de mes semblables mais beaucoup pour cette partie restreinte qui constitue notre biotope et forme la portion de l'univers qui nous concerne vraiment.

Sous un aspect, l'extension de la connaissance de l'univers a une visée utilitaire, sous un autre il s'agit d'un jeu, d'un jeu dangereux car croyant en découvrir plus sur l'univers on prend le risque d'en rencontrer la fin, qui sera notre propre fin. De l'autre bord, cesser le jeu c'est aussi rencontrer notre mort. Eh ! Si la vie est un jeu, pour vivre il faut être dans le jeu. J'expose plus précisément et plus longuement la question par ailleurs, chaque être vivant est un univers fermé, pour lui la réalité extérieure est une hypothèse, il n'en a que des sensations indirectes et souvent contradictoires. La meilleure hypothèse qu'on puisse faire sur cette réalité extérieure est qu'elle ressemble à l'univers intérieur en plus gros. Mais, à quoi ressemble l'univers intérieur ? C'est une question...

Détermination de la forme de l'univers.

Je prends mon cas, c'est plus simple car je le connais bien, et aussi pour la cohérence avec ce qui précède : si la réalité extérieure est une hypothèse fausse ou si ma modélisation de cette réalité est inexacte, en ce moment je ne communique pas avec elle mais avec moi, il se peut, si la réalité extérieure est un fait, que je communique avec elle, mais si j'ai une représentation inexacte de cette réalité, que je le fasse tout autrement que je ne le crois. Sans vouloir vous troubler il se peut aussi que je sois le produit de votre imagination. Je ne le crois pas mais que sait-on vraiment de la réalité ? Bref, pour prendre mon cas et sans vouloir vous troubler, qu'est-ce qui me certifie que je ne suis pas catatonique ou dans le coma, et que je ne me trompe pas quant à mon action effective dans le monde ? Même si je suis dans ce cas je ne peux que faire des hypothèses sur la catatonie, il se peut qu'une part au moins des “catatoniques” aient une vie intérieure très riche, avec une sorte de scène de théâtre intérieure aussi vaste que le monde ou même, que l'univers, en fort contraste avec une vie extérieure extrêmement monotone et immobile. Peu importe, on dira pour l'instant que je ne suis pas catatonique ou comateux, ni vous. Et que nous ne sommes pas morts mais là rien de sûr, on peut faire l'hypothèse consistante que je suis vivant quand j'écris cela mais rien ne garantit que je le sois encore quand vous le lisez — plus d'un parmi mes auteurs favoris et même parmi ceux qui n'ont pas mes faveurs mais que je lis par nécessité ou hasard, sont morts. Quoi qu'il en soit, reste la question de la forme de l'univers.

En première approche, je suis un point. D'une certaine extension et de forme indéterminée. Subjectivement j'aurais tendance à dire : globalement sphérique. Objectivement je réserve mon jugement car sans un point de vue extérieur on ne peut guère déterminer une forme. De l'autre bord, que pourrait signifier un point de vue extérieur s'il n'y a pas de réalité extérieure ? Autant que je sache, la forme perceptive de l'univers comme plutôt sphérique dérive de la perception de soi comme plutôt sphérique, vu le peu d'informations qu'on obtient de la réalité extérieure, difficile de se la représenter autrement que similaire à soi. De ce point de vue, la sentence attribuée à Galilée, « Les mathématiques sont le langage de l'Univers », est presque de bon sens. Presque, parce que ce n'est pas tant l'univers que notre rapport à l'univers qui est tel.

L'individu comme une boîte noire.

Je l'expose longuement dans d'autres discussions, (notamment « Bonjour, je suis Louise Machinchouette et je vous appelle... » et « Un spectre hante les nuages », deux discussions assez longues et plutôt décousues — bref...), je l'expose donc longuement par ailleurs, ce que chacun sait ou croit savoir de la réalité extérieure résulte d'un calcul. Fonctionnellement, il n'y a aucune différence du plus simple virus à l'organisme le plus complexe, “au centre” une structure de contrôle, “en périphérie” des organes senseurs et moteurs, “au milieu” justement, un milieu intérieur, et des organes internes fonctionnels.

Cette répartition est une représentation, l'expérience montre qu'elle n'a pas de rapport avec la réalité effective. Sous un aspect je ne doute pas de ma représentation du monde, sous un autre je la sais inexacte : à tous points de vue un être vivant ne se distingue pas de son environnement. Notre auto-représentation comme objet globalement fermé est fonctionnelle, une fois la vie advenue, ou peut-être avant mais à coup sûr après, la conscience réflexive est là, qui amène les individus à définir leurs limites.

Excursus : Ou peut-être avant.

Je ne suis pas certain qu'il soit très pertinent d'approfondir notre connaissance du monde et des êtres mais en même temps je trouve ça passionnant. Eh ! Je suis un être vivant, donc curieux de découvrir et comprendre mon univers autant que possible. Petit problème incident, plus on en connaît et plus la part de ce qu'on ignore augmente. Remarquez, ça ne devient un problème que, disons, vers la fin.

Bon, le principe est simple, il a lieu chaque fois qu'un nouveau calcul permet de révéler un nouveau plan ou pan de l'univers. Cela se produit à la fin d'un cycle initié par un nouveau calcul antérieur. Faudrait étudier ça plus sérieusement que moi mais en toute hypothèse le premier nouveau calcul concerne l'infiniment grand, le second l'infiniment petit, on trouve ou croit trouver pendant un temps plus ou moins long un troisième calcul qui réduit les contradictions entre les deux autres mais ça ne marche pas si bien qu'on l'espérait, puis à la fin de la période on trouve un nouveau calcul qui concerne initialement l'infiniment grand mais résout en un second temps les contradictions antérieures. Le nouveau calcul concernant l'infiniment petit est moins spectaculaire au départ — assez logique cela dit, élargir d'un coup tout l'univers ça a plus de gueule que de réduire d'un coup la plus infime particule... Et aussi, il est plus simple d'inventer des instruments d'exploration de l'infiniment grand que de l'infiniment petit. Pour les calculs, tout donne à croire qu'ils sont contemporains mais la preuve de l'infiniment petit s'obtient moins facilement. Le cas le plus récent est celui de la relativité générale pour le grand et de la mécanique quantique pour le petit.

Sans trop définir la chose, si on a, disons, une démarche scientifique, on sait ceci : la théorie générale de l'univers comme celle de l'atome sont toujours provisoires. La question n'est donc pas de savoir si et quand on devra les réviser, mais d'abord comment, ensuite que faire entretemps. Pour la seconde chose, simple : entretemps, exploiter au maximum les nouvelles possibilités ouvertes par les nouveaux calculs. La première en découle : quand on va au bout des possibilités actuelles on découvre immanquablement une autre manière de calculer l'univers et l'atome. Pour reprendre le cas de la relativité générale et de la mécanique quantique, les calculs initiaux portent des noms, la constante de Planck pour l'atome, la relativité restreinte d'Einstein pour l'univers, mais à la même époque plusieurs autres chercheurs en étaient proches. Le moment est imprédictible mais du moins, quand il arrive il arrive pour tout le monde, quand plusieurs personnes tentent de résoudre une même question, il y a toute chance que plus d'une trouve la solution à-peu-près en même temps. Je prends le cas des théories physiques parce qu'elles sont les plus évidentes mais ça vaut pour tout autre domaine qualifiable de scientifique dans ses méthodes.

La remarque « ou peut-être avant » part d'un constat simple : l'extension du domaine de la vie consécutive aux nouveaux calculs de l'univers. Savoir, d'abord par calcul, que la plus petite comme la plus grande parcelle de réalité sont d'une dimension autre que celle estimée, induit l'invention d'outils et de méthodes pour valider ou infirmer cela, et en chemin on doit réviser sa compréhension du monde. Au temps de La Fontaine, pour le sens commun la plus petite parcelle de réalité observable est le ciron, un acarien d'une taille suffisante pour être visible à l'œil nu — si on a une bonne vue —, de l'ordre de 0,5 à 1 mm, avec l'invention du microscope on commence depuis le début de son siècle à voir des choses beaucoup plus petites, dix, vingt, trente fois plus petites, et qui ont toutes les apparences de la vie, des “micro-organismes”, des microbes. Découvrir de nouvelles formes de vies à une conséquence certaine, l'extension de la vie dans l'espace et dans le temps. Non que ça les fasse naître d'un coup d'un seul (quoi que, ça peut se discuter) et que ça “crée” du temps et de l'espace, simplement ça oblige à reconsidérer l'organisation de l'univers, spécialement de la partie qui nous intéresse le plus, notre environnement proche.

Excursus dans l'excursus : Quoi que, ça peut se discuter.

Tout est discutable. La langue sert à ça, discuter, en premier discuter de la réalité. Une chose dont je discute régulièrement est le temps et son corollaire, l'espace. Le temps est un effet de l'espace, ou le contraire. Disons, ils sont indissociables. Parmi mes propos sur le temps, l'hypothèse qu'il n'existe pas et le constat que le passé, le présent et le futur sont contemporains. Nous ne connaissons rien de certain sur l'univers.

Fin de l'excursus dans l'excursus.

Fin de l'excursus.