Bof, bof, bof... Vrai et en plus, vrai en majuscule et avec trois points d'exclamation ? Un peu trop et même, beaucoup trop d'emphase. Quant à conclure sur quoi que ce soit, il ne faut pas rêver, certaines questions sont inépuisables. Disons plus humblement que je vais tenter et, il me semble que je devrais parvenir à exposer le cœur de la question, celle des complots en tout premier, celle des conspirations aussi, probablement, mais c'est moins évident, et moins nécessaire...

Il faut revenir à la définition du terme “complot”, avant de proposer la mienne je reprends celle du TLFI, qui nous dit ceci sur les complots :

COMPLOT, subst. masc.
A.− Dessein secret, concerté entre plusieurs personnes, avec l'intention de nuire à l'autorité d'un personnage public ou d'une institution, éventuellement d'attenter à sa vie ou à sa sûreté. [...]
B.− P. ext. Projet quelconque concerté secrètement entre deux ou plusieurs personnes.
Étymol. et Hist. 1. Fin XII° s. « foule compacte » (Béroul, Tristan, éd. E. Muret, 1231); 2. a) 1180-90 « accord commun, intelligence entre des personnes » (A. de Paris, Alexandre, éd. Elliott Monographs, branche III, 263); b) 1213-14 « conjuration » (Faits des Romains, 27, 32 ds Romania, t. 65, 1939, p. 485). Orig. inc. (FEW t. 23, p. 227b); cf. la forme fém. complote « rassemblement (dans une bataille) » (1180-90, A. de Paris, op. cit., branche II, 168; Leçon pelote ds éd. Michelant, ms. H, XIII° s.) ainsi que le dér. comploteïz « rassemblement dans le combat, combat » (ca 1170, Benoit de Ste-Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 12664).


Presque tout me convient dans ces définitions. Deux mots seulement me chiffonnent, “secret” et “secrètement”. Machiavel l'a relevé, et d'autres avant lui, difficile de garder le secret sur un complot ou une conspiration dès qu'elles impliquent plus de deux personnes, et plus largement, difficile de garder secret quoi que ce soit quand plus de deux personnes physiques sont concernées. En outre, un complot implique de recruter des personnes prétendant vouloir trahir, et quelle confiance peut-on avoir en des traîtres ? Vous connaissez probablement la notion d'agent double, mais avez-vous songé précisément à ce qu'elle signifie ? Si on les nomme agents doubles, ça pointe le fait que par nécessité ils trahissent doublement, ceux qui leurs firent confiance comme agents, et ceux qui les ont recruté pour trahir, puisque par sa position même un tel agent doit trahir ceux pour qui il trahit, sauf à se révéler pour ce qu'il est. Oui, c'est logique : on recrute un agent double parce qu'il appartient à un service adverse, et son maintien dans cette fonction implique qu'il doit découvrir et livrer des secrets sur son recruteur occulte, sinon il perdra la confiance du premier recruteur. De vrais secrets, bien sûr. Donc, un “bon” traître trahit doublement, voire triplement ou plus.

Cette particularité explique pourquoi le plus souvent les traîtres qui sont, peut-on dire, honnêtes, qui trahissent par conviction – pour prendre des cas assez récents, les membres des services secrets allemands qui, scandalisés par la dérive nazie dans leur pays, décidèrent de livrer des secrets à leurs adversaires, ne furent presque jamais pris en considération, parce qu'il est très difficile de croire à l'honnêteté d'un traître, et de même la fameuse bande de britanniques qui furent des membres de haut niveau des services secrets de leur pays, et qui livrèrent aux soviétiques des secrets de première importance, le firent le plus souvent en vain, parce que les services soviétiques et plus encore leurs responsables politiques étaient dans le même cas d'incrédulité, comment croire qu'une personne qui figure dans la très petite poignée des plus hauts responsables du renseignement soit vraiment un traître et livre de véritables secrets d'État ? On dit que nul n'est prophète en son pays mais c'est bien plus large, nul n'est prophète nulle part, et notamment pas dans des milieux où une des bases de la pratique professionnelle est le mensonge et la dissimulation, puisque qu'un prophète est une personne qui dit la vérité, et que peu de gens aiment ou identifient la vérité. Parfois je blague en disant n'avoir jamais vu la Vérité nue sortir d'un puits, c'est littéralement vrai, mais de toute manière, dans une société large la nudité, en tout premier celle des femmes, scandalise, donc si elle devait sortir nue d'un puits, et bien on détournerait les yeux et on la prierait d'aller se rhabiller ou d'aller se faire voir ailleurs.

J'écris aussi une chose à diverses reprises, je ne suis pas trop amateur de métaphores ou de paraboles, et plus largement des figures de style, mais parfois ça se révèle utile, comme en ce cas : la Vérité qui sort du puits est une sorte de parabole pour exprimer d'une manière imagée ce fait simple, rares sont les humains capables de “regarder la vérité en face”, de ne pas refuser la vérité quand on la leur dit. Si je fais une connerie et qu'on me dit que j'ai fait une connerie, comme tout le monde, en première intention je réagis mal, puis j'examine la question et si je constate que j'ai fait une connerie, d'abord je remercie la personne qui l'a constaté et m'en a fait la remarque, puis je corrige cette connerie si c'est possible, et en tout cas je me promets de ne pas la renouveler. La Vérité nue ne me fait pas peur et je ne crains pas de la contempler. Encore un de mes préceptes, l'erreur n'est pas dans la chose que l'on observe mais dans l'œil qui observe, une tâche primordiale de chacun devrait être de ne pas trop faire d'erreur en observant, et quand on constate son erreur, de ne pas y persister, “ne pas regarder la vérité en face” et “persister dans l'erreur” sont deux faces d'un même processus, le refus de sa propre imperfection, de sa perfectibilité jamais achevée.


Ce lundi 11 février 2019 à 8h45 je fais une pause dans cette discussion et je remets à plus tard l'élucidation des complots et conspirations, le monde me fait signe et me dit, il est temps que tu ailles au marché – qui dans ma petite ville a lieu tous les lundis matin. Et le marché prime toute autre considération – discuter d'un sujet d'un intérêt assez limité comme celui des complots on peut toujours remettre à plus tard, aller au marché on ne peut pas remettre à plus tard.


Même jour, 12h45. Bon... Tout cela est si simple, si atrocement simple... Tellement simple que c'en est incroyable, et du coup, n'est pas cru. D'où ce caractère atroce du fait : ce qui apparaît incroyable parce que “trop simple”, on n'y croit pas. De là dérivent toutes les atrocités : de l'incompréhension.

Ce qui est simple ? Et bien si je vous dis que les conflits et les guerres sont provoquées par l'incompréhension réciproque je suis persuadé que vous en serez d'accord, par contre si je vous dis que la conclusion logique de cela est que l'harmonie et la paix sont provoquées par la compréhension réciproque, vous commencerez à me contester, du genre mais non, tu ne comprends pas, ça n'est pas si simple, et si je vous réponds mais si, je comprends très bien, et C'EST SI SIMPLE, vous recommencerez à me dire que ce n'est pas si simple, or C'EST AUSSI SIMPLE QUE ÇA : l'harmonie et la paix sont provoquées par la compréhension réciproque, la discorde et la guerre sont provoquées par l'incompréhension réciproque, donc pour ne plus subir de guerres et de conflits, il faut SIMPLEMENT de la compréhension réciproque. Voilà sur quoi reposent les complots : les gens n'aiment pas les solutions simples et privilégient toujours les irrésolutions complexes, ça les rassure. Ce qui est simple est inquiétant.