Et j'ai trouvé la réponse. Enfin, à-peu-près, mes nombres sont approximatifs mais ça donne une idée assez juste, je pense. Je partais d'une hypothèse de 63 millions de résidents, et d'une somme globale de 32.400 € l'an par emploi, salaires, contributions et frais compris, ce qui représente 21 à 22 emplois à temps plein, soit de 21 à 43 personnes (pour des emplois à mi-temps) et au plan national entre près de 3 et près de 6 millions d'emplois pour une somme globale de 94,5 milliards d'euros. Les valeurs de base sont discutables mais vraisemblables. La somme globale représente moins du quart du budget de la France, lequel n'inclut pas le budget de l'ensemble des collectivités territoriales, les ressources financières disponibles pour toutes ces entités atteignent ou dépassent les 500 milliards d'euros annuels.

C'est trop. Selon moi, avec 150 à 200 milliards pour les collectivités élémentaires, 50 à 100 pour les collectivités intermédiaires et au plus 50 pour le dernier niveau, ma société irait aussi bien et probablement mieux que dans les circonstances actuelles. Avec 300 milliards ma société fonctionnerait aussi bien, probablement mieux qu'avec 500 milliards. La seule question pertinente est : qui décide des dépenses ? La réponse : les personnes concernées.


Bien sûr — mais de cela je discute largement ailleurs — ça implique une société qui fasse de la subsidiarité, de la dévolution et de la péréquation. Ces mots sont assez opaques mais ce qu'ils désignent est assez simple : chaque entité territoriale décide à son niveau et pour ce qui la concerne ; le cas échéant, une entité territoriale peut transférer les moyens ou la charge de la réalisation d'un projet à une entité de niveau supérieur ou inférieur ; les ressources de la société sont réparties à tous selon ses besoins et à chacun selon ses moyens, le reste étant à disposition de qui les détient.

L'idée générale est de changer la société non pas en changeant ses structures, spécialement sa superstructure, mais en changeant les usages, et marginalement les lois : telle qu'est par exemple la France, elle a une structure générale tout-à-fait en état de mettre pleinement en œuvre péréquation, dévolution et subsidiarité, avec ses très grandes régions qu'il serait bon de diviser en unités secondaires autres que celles actuelles, les départements répondent à une logique ancienne où les humains se déplaçaient en général à pied, et au plus vite à dos de cheval, d'où la nécessité d'un réseau administratif assez dense.

Le motif initial de cette discussion part de l'idée qu'on peut à la fois déconcentrer et concentrer les services publics. Pour un territoire comme celui de la petite ville d'où je rédige cette discussion et ses un peu plus de 1.400 habitants, mon histoire des 1.500 € résulterait en la possibilité de payer pour 67 emplois à plein temps, 100 à 130 emplois à temps partiel, ce qui me semble largement assez, charge à la collectivité, si elle souhaite aller au-delà de cette base d'emplois, d'en trouver les financements.

Concentrer c'est déjà fait mais plus le temps passe, moins apparaît pertinent de concentrer les emplois. Cela arrive assez souvent, il y a des phases, que l'on dira de construction ou de progression, où une certaine concentration des moyens et ressources, donc des personnes, est nécessaire, et d'autres, qu'on dira de consolidation ou de recueillement, ou au contraire une certaine déconcentration est préférable. Nous voici dans un tel moment. Comme il devient vital pour l'espèce de déconcentrer on y viendra nécessairement, la question étant alors, doit-on le faire par contrainte ou par choix ? La “concentration” restera mais en tant que moyen disponible non nécessairement utilisé, on ne construit pas les routes pour passer un long moment à les parcourir chaque jour mais pour pouvoir le faire quand nécessaire, or le maintien d'un système très concentré induit une sur-utilisation inutile des ressources et une répartition et une allocation très peu optimales de ces ressources.