Les religions établies ont raison de n'aimer pas la musique profane, le spectacle vivant, les arts plastiques et les littératures non sacrées, ce sont des concurrents, ils profanent. Le terme latin profanus signifiait originellement “devant un lieu consacré”, pour désigner ce qui n'est pas ou n'est plus sacré mais qui est donc proche du sacré. De fait, ce qu'on peut nommer du mot actuel “art” est proche du sacré par son contenu ou sa forme, l'art profane bien sûr, et non l'art clérical ou religieux. Un rite religieux est un spectacle, un bâtiment, une sculpture, une peinture, un texte religieux sont des œuvres spectaculaires. Il m'arrive de m'appuyer sur La Société du Spectacle de Guy Debord et il m'arrive aussi souvent de le critiquer non pour l'analyse produite mais pour le commentaire qu'il comporte, en premier le fait que Debord semble croire que le “spectacle” dont il parle lui apparaît une rupture, or ce n'en est pas une, la société est spectacle, a toujours été spectacle, il faut la mettre en scène pour la réaliser, et les spectacles font société, ils symbolisent et racontent la société. Il m'est arrivé de l'écrire ou de le dire, quand on veut connaître la chair même de la société d'une époque on ne se réfère que rarement aux sources objectives, on la trouve dans la littérature et les arts qui disent le sentiment d'une époque.

La courte introduction de cette discussion part de cela : la foi, c'est l'autre nom de la confiance, l'église, l'autre nom de la société, ce que dit son étymologie, le mot latin ecclesia, adapté du mot grec ἐκκλησία, “ekklêsía”, signifie “assemblée”, c'est proprement l'assemblée des fidèles, “de la même foi” ; comme le rappelle l'article du wiktionnaire le mot vient « du latin fidelis (“fiable, sûr, loyal ; solide, ferme”), de fides (“foi”), qui a remplacé la forme populaire feoil » — en passant, “féal” est une variante de feoil, le féal est un fidèle qui met sa foi en César plutôt qu'en Dieu, donc une fausse foi et donc, un faux fidèle... L'église comme situation est le moment ou la société assemblée renouvelle son vœu de confiance réciproque, l'église comme institution devrait être la manifestation constante de cette confiance mais ne l'est pas toujours, soit que les fidèles aient perdu la foi, soit que l'église soit propagatrice d'une fausse religion. Remarquez, dans tous les cas les deux vont ensemble, quand les fidèles ne le sont plus la religion leur paraît fausse, qu'elle le soit ou non, quand la religion est fausse les fidèles perdent la foi, qu'ils le sachent ou non.

Je suis athée et agnostique et j'ai un vieux fond d'anticléricalisme hérité d'une tradition familiale ancrée dans le fonds des gauches françaises radicales et socialistes, pourtant je vais assez souvent à la messe dans l'église de ma petite ville. C'est que, j'aime bien les assemblées car j'aime mes semblables et j'aime les rencontres, et aussi que notre curé a un grand talent lors de ses homélies et de ses sermons, le verbe le porte et il porte le verbe.