Les dirigeants actuels de l'Arabie séoudite sont les héritiers d'une très vieille querelle, celles qui opposa deux clans il y a environ 1400 ans. Deux vieilles familles qui avaient déjà eu quelques frictions auparavant mais à cette époque ça se corsa parce que le clan qui était jusque-là le plus faible trouva un moyen de prendre l'ascendant. Enfin, le trouva, on dira plutôt qu'il leur fut offert. Un très ancien moyen, la parole. Non pas celle ordinaire, de tous les jours, mais cette sorte de parole qui crée des univers, la parole ordinaire ne fait que confirmer les univers existants, il faut refonder la parole pour en créer de nouveaux. Le problème, quand on crée un univers, est que ça vous annihile. Le destin inéluctable d'un créateur d'univers est de se retirer de ce monde une fois la chose faite, de disparaître pour que son univers demeure et s'épanouisse. La disparition du créateur d'univers a généralement des conséquences désagréables pour ses proches et ses partisans, au mieux ils sont ostracisés, au pire massacrés, entre les deux ils peuvent subir bien des désagréments. La suite est une lutte entre ceux qui veulent consolider ce nouvel univers et ceux qui veulent le détruire. En général, probablement toujours, les destructeurs triomphent mais c'est le plus souvent ce qu'on nomme une victoire à la Pyrrhus, une fausse victoire où le vainqueur est vaincu. Parce qu'il n'y a aucune arme capable de détruire un univers créé par la parole.

Le clan dont sont issus les actuels dirigeants de l'Arabie Séoudite était, au temps où tout commença, ce qu'on peut nommer les “anciens”, les tenants de l'ordre social du temps, leurs opposants étaient les “modernes”, partisans d'un changement. Comme tous les modernes, ils trouvèrent la voie vers le changement à partir d'une encore plus ancienne tradition que celle à la source de l'ordre social du temps. À dire vrai, ils la trouvèrent à la source même qui fut à l'origine de l'ordre social du temps, la bonne vieille Torah.