Les israélites donc. Le nom me convient en ce sens qu'il désigne des personnes qui ont en commun de se réclamer d'un humain, Israël, fondateur des “douze tribus”, et un territoire où toutes situent quelque chose comme “le centre du monde”, la ville qu'on nomme Jérusalem en français. Certes, parmi eux on dispose parfois d'un centre du monde secondaire, pour tels ce sera Rome ou Byzance / Constantinople, pour tels Médine ou La Mecque, pour tels même ce sera Salt Lake City, etc. Mais du moins toutes ont en commun la croyance que, vers le X° siècle avant ce qu'on nomme aujourd'hui l'ère commune, datée d'il y a près de 2018 ans au moment où je commence ce texte (le 27/11/2017), fut fondé le premier d'une série de temples qui eurent chacun un rôle important pour l'une ou l'autre secte israélite, ou pour toutes. D'ailleurs, l'article de Wikipédia sur le premier temple de Jérusalem, dit Temple de Salomon, parle de “tradition israélite” en lien avec “le culte du dieu d’Israël”, qui est au départ le dieu des ascendants et descendants de l'individu Israël (originellement Jacob), avant même que ses descendants s'installent dans ce qui deviendra la Palestine, en extension un peu au-delà de la Palestine actuelle, et en tout cas bien avant que Jérusalem devienne leur capitale religieuse et politique. En ce sens “Israël” est avant tout un peuple, “les descendants de Jacob”, une religion, ceux qui pratiquent “le culte du dieu d’Israël”, et une structure politico-religieuse, secondairement un territoire. Même si ce territoire, la terre des Philistins, la Palestine, a son importance.

Les enfants d'Israël.

Un peuple, une nation, un État se constituent par l'invention d'un ancêtre fondateur. Si l'on considère les diverses nations actuelles, qu'elles se confondent avec un État, qu'elles le dépassent, qu'elles résident dans plusieurs États ou qu'elles soient la composante d'un seul, elles partagent toutes deux traits communs, l'affirmation d'une même ascendance, et le fait indéniable que cette affirmation ne repose sur aucune réalité observable. Il y a bien des manières de se constituer en nation mais quel que soit le cas initial, une fois consolidée une nation est un objet “social”, “politique”, “religieux”, une société, une structure de régulation et de pouvoirs, une mystique articulée sur des rites et des dévotions. Israël est une étape nouvelle dans la notion de nation, qui n'est plus attachée à un territoire ni à un ancêtre “réel” (entre guillemets en ce sens que même dans la version ancienne l'ancêtre n'est pas moins mythique, mais il est “chtonien”, attaché à une terre, et ses descendants sont dès lors des “autochtones”, ils sont “nés de la terre”, la leur, celle ancestrale). Le problème récurrent, qui explique le renouvellement sans fin de la doctrine, est le tropisme chtonien, justement, des humains, ou au contraire leur idéalisme : vient toujours un moment ou doit se lever un nouveau prophète qui demande à son peuple de « revenir à la réalité », de se rappeler que l'individu n'est ni pure corporéité ni pure spiritualité, que certes nous sommes tous “frères et sœur” mais de manière symbolique et que notre but n'est pas d'exclure les autres humains mais de les inclure dans la grande famille de l'humanité, et que si certes “l'esprit” survit au corps c'est non en soi mais par le fait que la mémoire de chacun survit dans la commune spiritualité des humains.

Les enfants d'Israël. Et bien, ce sont tous ceux qui se relient, directement ou non, du texte fondateur, le Pentateuque. C'est-à-dire pour l'heure les “juifs”, les “chrétiens” et les “musulmans”, par ordre d'arrivée, toutes les sectes mineures nées entretemps ou depuis et qui se relient à ce texte, enfin toutes les “religions laïques” qui en découlent. Le problème étant donc que l'on finit toujours par oublier que la doctrine initiale n'est ni dans le Ciel des Idées, ni dans les profondeurs du sol mais à niveau d'être humain...


À suivre...