Je l'explore par ailleurs, un grand problème dans la société est la tendance d'une majorité des personnes à mal se situer “en hauteur”, à se voir plus basses ou plus hautes qu'elles ne sont. À cause différente, même effet, cela dit il est plus grave pour la société de se croire plus haut qu'on est mais c'est une autre question, celle de l'heure, vendredi 2 juin 2017 à 9h05, est : comment se placer à sa propre hauteur ? Et la réponse est : par la confiance, la confiance en soi, en les autres et des autres.

Finalement, je traite rapidement des “plus hauts que soi”. Ils sont nocifs à la société parce que chacun s'évalue à l'aune du prochain. Celui qui se voit haut est aussi vu ainsi par les autres, du moins par ceux qui ne se voient pas à leur propre hauteur, ce qui a pour conséquence de confirmer les “plus haut que soi” dans leur estime de soi mal fondée, et les “plus bas que soi” dans leur auto-dépréciation mal fondée. L'effet de, disons, “l'auto-promotion”, est que la personne va réduire volontairement ses compétences pour devenir une “spécialiste”, et amener les tiers qui œuvrent dans son domaine à se limiter de la même manière qu'elle. Dans les faits, si même à un moment elle a eu une réelle compétence éminente dans son domaine, après un temps plus ou moins long elle cessera de progresser dans ce domaine, régressera dans la plupart des autres et en outre, afin de garder sa position éminente, contraindra les autres “spécialistes” qui dépendent d'elle à ne pas progresser. Pour les “plus bas que soi” c'est différent, ce sont des personnes “sans spécialité”, donc elles ne se brident pas dans l'étendue de leurs capacités mais, doutant d'elles-mêmes, ne les développent que rarement au niveau qu'elles peuvent atteindre et même en ce cas, minorent systématiquement la valeur de leurs réalisations, et vous savez quoi ? Et bien tout le monde est d'accord avec elles, ce qui les renforce dans leur médiocrité fausse mais acceptée.

Les personnes à leur propre hauteur ont un autre problème : les plus bas s'en méfient et les plus hauts les détestent. Le paradoxe des personnes à leur propre hauteur est qu'on leur applique une perception « autre », je veux dire, les plus bas et les plus hauts les voient comme un autre radical, les plus bas voient les plus hauts comme un autre désirable, les plus hauts voient les plus bas comme un autre indésirable, et tous voient ceux à leur propre hauteur comme un autre à la fois trop semblable pour être désirable et trop différent pour être indésirable. Du coup, quoi qu'ils fassent, c'est mal fait, pour les plus bas ils ne peuvent s'empêcher de penser « Oui mais bon, tout le monde peut faire ça », ce en quoi ils ont raison, sinon qu'ils ne le font pas ; les plus hauts c'est autre chose, tant qu'une personne à sa propre hauteur ne vient pas dans leur supposé domaine de compétence, elles la perçoivent comme assez semblable aux “plus bas”, dès qu'elle vient sur “leurs plate-bandes”, elle est un double danger, parce que très efficace et parce que “non spécialiste”, donc remettant en cause à la fois leur auto-représentation complaisante et leur position sociale, or tout cela est faux mais ça ne change rien à la chose, les “plus hauts” sont réellement dangereux pour les personnes à leur propre hauteur en ce sens qu'ils veulent les éliminer, en général sur un plan social mais parfois, réellement.

Sans vouloir les mésestimer mais parce que les choses sont ainsi, il est extrêmement difficile de faire comprendre par le discours et par l'action, une action non-violente, aux “plus hauts” de revenir à leur propre hauteur, par contre il n'est bien plus facile de le faire pour les “plus bas”, et c'est comme je l'ai dit au début, par la confiance : si j'ai confiance en moi, il m'est alors aisé d'étendre cette confiance dans les autres puisque je les sais mes semblables et vous savez quoi ? La confiance est un bien inépuisable, on peut en donner tant qu'on veut qu'on n'épuise pas sa propre réserve. Je ne dis pas que ça soit très facile mais du moins, il se passe ce miracle : plus les “plus bas” reçoivent de la confiance et plus ils se haussent, plus ils se haussent et moins ils ont de défiance envers eux-mêmes et envers les autres, jusqu'au point où ils se trouvent à leur propre hauteur et commencent à leur tour à donner leur confiance aux autres. Tout cela n'est en aucune manière une « façon de parler », c'est une chose très simple et réelle, aider les autres ne revient pas à leur donner ce que supposément ils n'ont pas mais au contraire à leur donner ce qu'ils ont déjà mais qu'ils ignorent posséder : la confiance en soi, en les autres et des autres.

Bon, le problème des “plus hauts”. D'un sens, ils savent très bien qu'ils, comme on dit vulgairement, « pètent plus haut que leur cul » mais craignent par-dessus tout qu'on s'en aperçoive, craignent sans fin qu'on les démasque et qu'on les destitue. Raison pourquoi ils refuseront obstinément la confiance qu'on leur donne car ils savent, dans leur conception des choses, qu'elle va les « rabaisser » alors qu'elle ne fera que les ramener à leur propre niveau. Ils se savent péter plus haut que leur cul pour la raison dite, en se spécialisant ils réduisent leurs capacités dans tous les autres domaines et dans un contexte sociale informel ne savent presque rien de toute question hors de leur supposée compétence. Comme ils ont des ressources ils “brillent en société”, opération qui consiste à parler de ce qu'on ne connaît pas en donnant à croire par ce qu'on appelle des arguments d'autorité qu'ils sont plus compétents que n'importe quel contradicteur, tout juste concèdent-ils aux autres “spécialistes” leur éminence dans leur domaine, si du moins ce n'est pas le leur propre, et pour les sujets “sans spécialité”, spécialement les arts, la littérature, l'Histoire en tant que récit, que « roman national », et la politique, ils ont des techniques simples pour donner le sentiment qu'ils connaissent ce qu'ils ne connaissent pas1. En fait, c'est très facile, il suffit d'avoir lu un résumé ou un compte-rendu de l'objet discuté, de broder un peu dessus mais pas trop, des grandes généralités sur « l'art subtil de ce peintre » ou « le style un peu trop convenu de cet auteur », et d'y ajouter un peu de goût et de couleur. Vous savez pourquoi « des goûts et des couleurs on ne discute pas » ? Parce que c'est ne discuter de rien, c'est donner du brillant et du pimenté à une conversation terne et insipide.

Pour des raisons qui les regardent, les “plus hauts” refusent donc la confiance qu'on leur donne et c'est pourquoi ils sont dangereux: quand trop de monde autour d'eux « donne de la confiance » ils se sentent en danger et mobilisent leur capacité à briller pour capter la confiance des “plus bas” et les faire agir contre les “à bonne hauteur”, agir méchamment, et même très méchamment s'il le faut. Vous savez, je raconte beaucoup d'histoires autour de Juifs que, très souvent, je nomme « les supposés Juifs ». Bon, en Europe et depuis plus d'un millénaire “le Juif” est l'image même de la personne à sa propre hauteur, du coup dès que les choses vont mal pour eux les “plus hauts” mobilisent « l'image du Juif » et dès lors toute personne à sa propre hauteur va devenir un Juif. Le fait est, dans des temps moins troublés ce sont proprement des Juifs au sens où ils adhèrent au principe exposé ici, rester à sa propre hauteur, qui est la loi fondamentale du judaïsme, mais en des temps troublés c'est différent, toute personne soupçonnée d'être à sa propre hauteur sera obligée à porter un signe distinctif qui la signale comme telle, en prévision du moment du grand nettoyage, de la “purification”. En URSS “le Juif” était “l'ennemi de la classe ouvrière”, “le bourgeois”, aux États-Unis de la période c'était “le communiste” ou “l'anti-américain”, bref, à chaque lieu et à chaque époque son Juif mais le principe est toujours le même, que rien ne change. Vous connaissez la fameuse phrase du Guépard, « Il faut que tout change pour que rien ne change », et bien c'est très vrai, dans l'Allemagne nazie, le but que se fixait le parti nazi était que ne rien ne change en profondeur et ils ont tout changé en apparence. Ce que ne savent jamais les “plus haut” est que quand on change l'apparence on change la profondeur. Dans les cas positifs (comme la période actuelle en France et un peu partout dans le supposé monde développé, notamment, là où c'est le plus visible, en Turquie, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Europe centrale) la transition se fait en douceur, les méchants tombent les masques (enfin, on les y aide un peu...), le roi est dénudé, les “masses” (qui sont “les plus bas”) ont les yeux dessillés, ce qui revient à dire que la machine médiatique se met tout soudain à ne plus « jouer le jeu » et à montrer les trucs des illusionnistes qui ne brillent que par l'apparence. Dans les cas où ça se passe mal, et bien, c'est la Solution Finale, en Allemagne nazie, au Ruanda, au Cambodge des Khmers rouges, je ne vais pas faire toute la liste. Le pire, dans les cas où ça se passe mal, c'est que finalement les vrais Juifs ne s'en sortent pas si mal, au début c'est dur pour eux et tout du long ils ne feront souvent rien pour se préserver des “plus hauts” et de leurs hommes de main parmi les “plus bas”, il se trouve que les “plus hauts” sont comme vous et moi, ils ne savent pas différencier un Juif d'un non Juif, et au milieu du pire la majeure partie des supposés Juifs sont, dira-t-on, des “demi-Juifs”, des personnes qui commencent à se rendre compte de la réalité et font la bêtise de se proclamer Juifs sans avoir les moyens qu'a un vrai Juif de se préserver, qui est de rester à sa propre hauteur, et le pire du pire, c'est la fin, quand les “plus hauts”, qui sentent que ça va mal finir, commencent à se dévorer entre eux parce qu'ils ne peuvent pas croire que si ça se dégrade c'est par la force acquise des “plus bas” qui sont de plus en plus nombreux à remonter à leur propre hauteur, ils sont persuadés que ç vient de leur propre groupe, celui des “meilleurs”,et ils en viennent à s'éliminer entre eux.

Qu'à la fin des temps ce soit les personnes à leur propre hauteur qui rétablissent l'harmonie entre humains fait que l'un ou l'autre cas (meilleur ou pire) se vaut, cela dit, à titre personnel je préfère la version cool, « le roi et nu », que la version hard, « les premiers seront les derniers »...


Ceci est probablement le dernier, donc le premier, de mes textes sur ce site.