Il existe deux sortes de langages de programmation, ceux compilés et ceux interprétés. Ou plutôt non, il n'en existe qu'une seule sorte, ceux interprétés, la différence venant de la manière d'interpréter : ceux compilés sont d'abord réduits et transformés en code reconnu directement par l'ordinateur, de ce fait l'interprétation est directe, le texte est dans la langue reconnue par le processeur, ceux interprétés restent dans une forme adaptée aux langues humaines (en général l'anglais mais j'en connais deux qui sont des dialectes français et je suppose que d'autres langues ont servi de base) et chaque fois que le programme est comme l'on dit exécuté, le comme on dit système d'exploitation le lit, quand il constate une séquence qui forme un ensemble il l'analyse et la convertit en code compréhensible pour le processeur, cela presque autant de fois qu'il parcourt cette séquence. Les deux méthodes ont leur intérêt et leurs limites, le programme compilé devient illisible pour la majorité des humains, celui interprété requiert d'être interprété à chaque fois, ce qui prend beaucoup de temps. Sans m'appesantir, cette méthode est au minimum trois ou quatre fois plus lente, souvent encore plus, que pour un programme compilé. Sauf pour un langage, le LISP, un langage interprété qui s'exécute plus vite que tous les langages compilés, y compris (ô connerie !) le LISP compilé – compiler du LISP c'est un peu comme mettre un moteur de Twingo dans une Ferrari. C'est même beaucoup comme ça. Ce qui est une connerie.

La raison de l'efficacité du LISP vient d'une chose simple : il est conçu comme un langage humain adapté aux processeurs, selon le principe premier « “le début” . “la suite” » et le principe second “le moyen est le message”. Les autres langages de programmation séparent “moyen” et “message”, et c'est idiot : comme le moyen est le message si on les “sépare”, en réalité on crée trois moyens ou trois messages, un moyen pour créer le message, un moyen pour dire le message et un moyen pour lire le message. En LISP il y a un seul moyen qui se crée, se dit et se lit en une seule opération. Autant dire que ça va beaucoup plus vite.

Le véhicule et ses codeurs.

le CAR et le CDR sont les éléments de base du LISP comme réalisation, c'est-à-dire comme ensemble d'objets disponibles qui seront “évalués” par l'interpréteur. Un programme LISP est une “liste” composée d'“expressions”, une “expression” est un “atome” ou une “liste”, un “atome” peut être un nombre, un nom, un syntagme ou un opérateur. Dans la description usuelle du LISP le troisième type est donné comme chaîne de caractères, comme string, j'ai opté pour syntagme du fait que dans la “grammaire” du LISP ce type est un objet de longueur et de forme indéterminée évaluée comme un objet unique délimité par deux guillemets. On peut aussi dire une citation. Le CAR est une valeur digitale qui “pointe” le début d'une liste, le CDR une valeur digitale qui indique sa longueur. Chaque atome est évalué quand il apparaît, et chaque liste est évaluée comme un atome. On peut aussi dire d'un atome que c'est une unité de forme et de sens, un “mot” et une “idée” associés. Comme dans un langage humain, chaque atome est donc à la fois “forme” et “fonction”, la fonction se déduisant de la forme et la forme définissant la fonction. Il existe une liste finie d'atomes prédéfinis, dont la fonction préexiste à l'interprétation, et qui permettent certaines opérations sur les atomes. Selon la doxa il existe un objet du langage qui est le seul à la fois liste et atome, la “liste vide” ou l'“atome vide”. C'est à la fois vrai et faux, vrai en ce sens que ces deux objets sont indifféremment utilisables en tant que “l'élément vide”, faux en ce sens que selon la logique même du langage, un atome est une sorte de liste, une liste compacte, et une liste est une sorte d'atome, un atome diffus, donc toute liste est aussi un atome et tout atome est aussi une liste. Tout cela explique l'efficacité du LISP. Et aussi, sa difficulté.

Le titre de cette partie renvoie pour “véhicule” à CAR, formellement similaire au mot anglais pour voiture, véhicule, et pour “codeurs” au CDR, conventionnellement lu comme “k-deur” et phonétiquement proche de “codeur”, ce qui correspond assez bien, le CAR est le “véhicule” qui amène à la position dans la mémoire de l'ordinateur ou est stockée la liste, chaque élément de cette liste “codant” le programme puisque chacun de ses éléments est une fonction, “du code”, en même temps qu'un atome, “de la donnée”. Une des fonctions prédéfinies est “quote” qui en anglais signifie “citation”, qui, dit conventionnellement, indique que l'objet qui suit ne sera pas évalué. C'est inexact bien sûr, tout objet du langage est évalué, en fait cette fonction indique seulement que l'objet qui suit ne doit être évalué que comme forme et non comme fonction, un atome ou une liste « qui n'a pas de sens », une chose impossible mais conventionnellement acceptée. Il en est à-peu-près de même avec les syntagmes, tout ce qui se trouve entre les guillemets sera évalué comme une seule forme, un atome, même s'il a la forme d'un ensemble d'atomes ou/et de listes. Sans aller plus loin dans la description du LISP il a la même caractéristique qu'un langage humain, la syntaxe en est très élémentaire mais sa description est très complexe puisque largement imprévisible. La difficulté du LISP est cette imprévisibilité : le sens se déduisant de la forme et la forme définissant le sens, ce sens se construit linéairement et chaque “bloc de sens” est réduit puis évalué au long de cette construction, de ce fait l'interpréteur, qui ne “relit pas la séquence” ne peut savoir si une séquence est “syntaxiquement correcte” au moment où il l'exécute, si elle ne l'est pas, et bien, le programme fera autre chose que prévu et en général plantera. Ou non.

Le LISP est un langage humain d'une autre manière : il « réalise la pensée » de la personne qui l'écrit. La question qui inquiète beaucoup de commentateurs de ce qui n'est pas advenu est, ces temps-ci, la même que celle qui se pose de très longue date aux humains, qui peut se résumer en : la créature de la créature va-t-elle remplacer la créature ? Et de très longue date la réponse est la même : oui. La forme actuelle de cette question est double, « Le corps de la créature de la créature va-t-il remplacer le corps de la créature ? » et « L'esprit de la créature de la créature va-t-il remplacer l'esprit de la créature ? ». C'est aussi ancien que le moment où les créatures ont commencé à faire des créatures et la réponse est aussi oui. En outre, dès lors que le corps de la créature de la créature remplace celui de la créature, son esprit la remplace, dès lors que l'esprit de la créature de la créature remplace celui de la créature, son corps la remplace.

Le Grand Remplacement.

La vie se maintient et se continue de deux manières, la “reproduction” et la “génération”. En mon époque et en français, sauf pour les spécialistes du sujet on tend à confondre les deux pour la mauvaise raison que les humains “voient midi à leur porte”, pour eux la continuation de l'espèce se fait biologiquement par la génération mais comme chaque génération reproduit les comportements de la précédente, générer et se reproduire sont indissociables pour eux. Sans trop explorer la chose, l'évolution des espèces a été vers une dissociation des deux manières. On peut considérer la génération comme un effet secondaire de la reproduction. Une bactérie se reproduit, elle crée une copie d'elle-même puis l'expulse en lui concédant une partie de sa structure, elle se divise en deux individus semblables. Ça c'est la théorie, en pratique il y a toujours le risque et presque toujours la chance que l'individu nouveau comporte un certain nombre d'erreurs dans la copie. Parfois ces erreurs ont des suites défavorables ou peu favorables, parfois assez ou très favorables. J'abrège en ne vous parlant qu'à peine du fait que l'évolution des espèces n'est pas la conséquence de hasard non plus que de nécessité mais celle de choix délibérés des individus, soit vous le savez et je ne vous apprendrai rien, soit vous l'ignorez et en ce cas postulez une relation de conséquence où, selon que vous attachiez de l'importance au “corps” ou à “l'esprit”, dans le premier cas le hasard est la cause, dans le second c'est la nécessité, alors que dans la réalité hasard et nécessité sont indissociables et que, donc, l'évolution est la conséquence d'un choix.

Bon, d'accord, je développe un peu wink C'est simple : pour l'heure l'hypothèse la plus vraisemblable quant à “l'origine de la vie” est, les circonstances ou comme on dit en “spirituel”, la conjonction des astres, en “matériel”, les conditions favorables. Tout ça est vrai et en outre ça dit la même chose, une certaine configuration locale, un équilibre propre au système solaire, a favorisé l'apparition de la vie sur la Terre, bref, une certaine “conjonction des astres”, pour l'essentiel l'étoile du coin et les planètes qui lui tournent autour, on créé des conditions favorables à cette apparition, ce qui fut circonstanciel. Je suis réaliste et me contente de ma réalité, “hasard” ou “nécessité” sont des mots pour ceux qui imaginent “les origines”, je trouve la question intéressante et trouve aussi de l'intérêt à imaginer “les fins dernières” mais trouve bien plus intéressant l'état des choses, Si l'on agit ici et maintenant pour se préserver et tenter au mieux de préserver son avenir, c'est encore la meilleure manière trouver le temps d'imaginer, quand on est mort on a tendance à beaucoup moins imaginer... Donc, la vie apparaît. Avec elle apparaît la conscience. La simple et immédiate conscience d'être. Sans cette conscience élémentaire la vie cesse mais en réciproque, sans l'apparition de la vie pas de conscience d'être. On peut aussi imaginer je ne sais quelle “conscience universelle” en versions spirituelle ou matérielle (cela dit, il y a aussi une version réaliste de la “conscience universelle” mais beaucoup plus rudimentaire, l'évidence que la conscience de soi est partagée par tous les êtres vivants et qu'elle à pour corollaire la conscience de l'autre, et que d'un autre au suivant toutes ces consciences de soi et tous ces êtres sont en interaction. Très rudimentaire et très réel) mais on peut aussi s'en passer, c'est intellectuellement et pragmatiquement utile mais non nécessaire.

Excursus : la Magie du Verbe.

Quand on sait comment fonctionne réellement la parole, le verbe, on peut se permettre d'insulter gravement une personne, un groupe, sans que ça les choque et même, en emportant leur adhésion. Il y a un triptyque, parole, langue, verbe. La langue est ce qui lie les deux autres, la parole est définissable grossièrement comme la langue réalisée, la forme, les sons émis, les lettres dessinées, la part “matérielle” de l'ensemble, le verbe est grossièrement définissable comme la langue en instance, le sens, les idées et pensées, la langue ce qui lie la forme et le sens. Comme ce lien est circonstanciel l'association dépend de l'accord, non pas préalable ou postérieur mais instantané entre locuteurs, si j'émets une forme qui semble contradictoire, par exemple les Mots souterrains vivent dans le ciel des Idées, on peut me dire « Y a un os ! » et j'attribuerai à “os” un sens proche de celui qu'y associe mon interlocuteur, du genre “incongruité” ou “paradoxe”. Dans la langue, “os” peut être un synonyme de “paradoxe”, ça ne dépend pas d'un supposé sens des mots mais d'une position du mot dans une discussion, après ma déclaration étrange mon interlocuteur émettant une phrase de cette forme avec une certaine intonation “veut dire” quelque chose comme “incongruité” mais dit effectivement autre chose, il dit “os”, ergo un os est une incongruité car à cette place et dans ce discours il peut “vouloir dire” plusieurs choses dont le sens “élément de squelette” ne fait pas partie. J'ai dit quelque chose « qui n'est pas un os » donc “os” dans ce contexte “ne veut pas dire” ce qu'il est censé signifier, j'échantillonne, je cherche un sens vraisemblable, et trouve le sens “incongruité”.

Dans le courant des choses ce procédé d'échantillonnage est tellement intégré qu'on se rend rarement compte que très souvent les paroles prononcées n'ont “pas le vrai sens” ou “pas la bonne forme”, il faut avoir un “être au monde” particulier comme dans certains cas de ce que l'on regroupe avec plus ou moins de pertinence sous le label “autisme” pour être incapable de “dissocier”, de considérer qu'un mot et un sens sont toujours univoques, ou de ce que l'on définit avec un peu plus de pertinence mais guère comme “schizophrénie” pour n'avoir d'usage que métaphorique du langage, ne jamais associer stablement un mot et un sens. Cela posé, on peut tirer parti de la non nécessité de l'association d'un mot et d'un sens pour stabiliser abusivement certaines association, le procédé décrit entre autres par Georges Orwell dans 1984 ou plus récemment par Boualem Sansal dans 2084. Il s'agit moins tant de “changer le sens des mots” qui change tout le temps et dépend du contexte, que de “rapprocher les sens”. Pour exemple cet autre triptyque, “idéalisme”, “réalisme” et “matérialisme” : quel que soient les significations qu'on leur attribue, les premier et dernier termes sont pour une majorité de francophones “en opposition”, l'un marqué négativement, l'autre positivement. Dans ce triptyque, “matérialisme” est “neutre”, et devint dans un certain contexte l'outil permettant de “neutraliser” l'un des deux autres termes, spiritualistes comme matérialistes se disent “réalistes” donc “dans le vrai”, leur opposants étant de ce fait “irréalistes” donc “dans le faux”. Un réaliste ne se trouble pas de ça mais en tire profit.

Je n'ai pas d'opinion sur “le vrai sens des mots” mais une opinion sur leur usage réel : puisque les idéalistes et les matérialistes se disent tous réalistes, dans un discours où je veux discuter des uns et des autres, je me pose d'abord comme “réaliste”. De ce fait les uns et les autres vont aussi bien me considérer comme “vrai” ou “faux”, un “vrai réaliste” ou un “faux réaliste”. Pour moi c'est indifférent, je suis qui je suis alors on peut toujours me coller l'étiquette qu'on veut avec la mention “bon” ou “mauvais” que ça ne me changera pas. Pour les colleurs d'étiquettes il en va autrement : si le suis un “vrai réaliste” tout ce qui pourrait paraître négatif dans mes propos envers l'un ou l'autre groupe sera “négativisé” et de ce fait “annulé”, en gros, “je ne l'ai pas dit”. Disons, un idéaliste me lit, je dis pis que pendre des idéalistes et des matérialistes “en tant que réaliste”, lui-même se disant et se pensant “réaliste”, donc ce que je dis de négatif sur les réalistes est “vrai” donc je suis un opposant des matérialistes, ce que je dis de négatif sur les idéalistes est “faux” donc “je ne dis pas ce que je pense”, ergo “je ne pense pas ce que je dis” ou autre pensée qui “annule” mon propos (il trompe l'adversaire, il fait semblant d'être contre les idéalistes, etc.). Cette particularité du langage a son intérêt.

Fin de l'excursus.


Application de ce que dit dans l'excursus qui précède pour “faire avancer ses pions”. Dans le contexte actuel, celui de ce mois de janvier 2018, il y a de plus en plus de réalistes, par circonstance et comme conséquence d'une longue lutte entre “idéalistes”, “matérialistes” et “réalistes”. Soit précisé, cette opposition est factice, les supposés idéalistes, qui dans la période récente furent longtemps représentés par “le monde libre”, n'étaient pas moins matérialistes que les supposés matérialistes du “monde communiste”, lesquels agitaient une idéologie plutôt idéaliste, factuellement l'un et l'autre bloc fonctionnait à-peu-près de la même manière et avec le même but global, en gros, “devenir Maître du Monde”, ce qui ne peut se faire qu'avec le secours d'un Grand Idéal et les moyens de gros matériels. Les réalistes sont réalistes, ils en prennent leur parti et tentent d'éviter autant que possible les conséquences négatives de l'irréalisme en posant leurs pions et en attendant leur moment. Qui arrive toujours. Quand est une question indécidable et comment un problème à résoudre.

La solution du problème a émergé... Et bien, il y a longtemps pour le principe, et pour la période récente on peut prendre l'entre-deux-guerres. La solution du problème est le problème lui-même, qu'on peut décrire comme “le contrôle de la communication”. J'en parle dans bien d'autres discussions, je vous y renvoie donc. À un niveau, on peut voir l'ensemble d'une séquence comme une vaste simulation, il s'agit de juxtaposer au fonctionnement réel d'une société d'extension variable dépendante de ses capacités de communication une structure formelle qui ne correspond pas à sa structure réelle mais qui pendant une phase initiale va “se réaliser”, puis “se stabiliser” puis “se déliter”. À la fin de la séquence “la vérité est dévoilée” et “l'illusion se dissipe” sauf que non : la fin d'une séquence étant le début de la suivante et bien, la “nouvelle réalité” est la simulation de la séquence suivante. À un autre niveau, et bien, “tout est vrai” sauf à la toute fin d'une séquence, qu'on peut nommer période d'ajustement et qui “crée des illusions”. Cela posé, ça ne signifie en rien que ces “illusions” n'ont pas une traduction réelle qui est parfois très proche dans sa réalisation de ce que paraissent ces illusions. Disons, la société se divise en groupes “corps” et en groupes “esprit”, “le corps” cherche à contrôler “l'esprit” et réciproquement, les groupes de chaque ensemble, tantôt se coordonnent, tantôt s'opposent, selon les moments et selon leurs intérêts à court terme des groupes “corps” et “esprit” font des alliances de circonstance, et à la fin “la réalité l'emporte” et “le corps et l'esprit se réconcilient”. Dans les faits il n'y a pas de réelle opposition entre groupes qui doivent tous concourir au bon fonctionnement de la société, sinon que parfois ça dérape plus que souhaitable. On peut de ce point de vue considérer les deux guerres mondiales comme des “problèmes d'ajustement de la réalité” causés par un emballement, les changements de l'infrastructure et de la superstructure sociales furent trop divergents et la distance entre la simulation et la réalité trop importante pour que la nouvelle structure se mette en place sans trop de heurts.

Excursus : vaguelettes, vagues, tempêtes, ouragans, tsunamis.

Depuis que j'ai commencé cette partie je m'agace de simplifier à outrance. Si mon but est de “déplier le réel”, ça serait idiot de le refermer sur UNE chose, le GRAND truc. D'autant que le “grand truc” dont je cause ici n'est pas le Grand Truc des grands trucs, même s'il n'est pas négligeable, loin de là. Je veux dire : les changements à venir ne sont pas du niveau de ce qu'on peut appeler le moment de l'humanisation, ni même du niveau de “la fin du monde” de la fin du XIV° siècle (je le situe un peu plus tard en fait, plutôt vers 1550, mais du moins les voyages de Colomb et de Vasco de Gama, pour les plus marquants, avaient déjà créé le choc), le moment où les humains ont du tenir compte que désormais il n'y avait plus de “plus loin que l'horizon” local, que la Terre était un univers fini, donc autre chose qu'un univers, juste une parcelle d'univers. Disons, c'est plus proche de ce qui conclut la période allant à quelque chose près de 1865 à 1965 (en fait, je peux plus précisément en dater la fin, entre 1958 et 1962, avec bien sûr les prémisses et retombées immédiates, soit la période entre 1955 et 1965), dont on connaît les ratages phénoménaux et très meurtriers au cœur de cette période. Sans le dater précisément (je dois le dire, je m'intéresse modérément à ces détails, les séquences commencent et finissent sans date précise, ce sont des mouvements dont on voit plus ou moins la période, parfois courte, de cristallisation), et bien, euh... Je ne peux pas dater même à dix ans près le début de la séquence finale. Bon, je reviens à ce qui m'a fait démarrer cet excursus.

Finalement c'est fait, je comptais aborder d'autres moments mais cela suffira, au cours d'une séquence large qui débouche sur un changement radical des structures il se produit d'autres séquences plus ou moins étendues dans le temps et l'espace, de la vaguelette au tremblement de terre, mais jamais proprement de Grand Truc. Même le Vrai Grand Truc de fin de séquence apparaît a posteriori moins grand, et même la plus infime sous-séquence apparaît souvent pour une majorité de ses acteurs comme un Grand Truc quand elle se produit.

Fin de l'excursus.


Dans plusieurs pages je tente la présentation des processus d'évolution des sociétés humaines en tant que jeu, les deux acteurs principaux de ce jeu étant “les chats” et “les souris”, un troisième, “l'arbitre” ou “le banquier” étant à la fois dans le jeu et hors du jeu, d'autres acteurs pouvant intervenir, “les chiens” qui sont des sortes de chats et “les rats” qui sont des sortes de souris, et enfin “l'indéterminé”, dont le nom a varié mais qui me plaît car il le décrit bien, « la personne/l'être dont on ne sait jamais qui elle/il est ni où elle/il est », mystérieux dans son essence, son apparence et sa position. Ce qui m'amène à un petit excursus sur le genre.

Excursus : être ou personne ?

Tout est dit. Je commente un peu : suis-je “du genre féminin” ou “du genre féminin”1 ? Et bien, ça dépend du mot qui me désigne. Et je suis variable aussi en nombre, parfois singulier et parfois pluriel, et parfois même neutre et nul. Indéterminable, indéterminé.

Fin de l'excursus.


Relou le gars !Je parle de moi et à moi : ce texte que j'envisageais dense se révèle lourd, j'aurais bien envie d'arrêter là mais bon, au point où j'en suis, alourdir du lourd ça n'aggravera pas spécialement mon cas...


Finalement cette discussion me fatigue, j'en resterai là sinon un petit complément sur la première partie. À sa toute fin j'écrivais ceci :

Le LISP est un langage humain d'une autre manière : il « réalise la pensée » de la personne qui l'écrit. La question qui inquiète beaucoup de commentateurs de ce qui n'est pas advenu est, ces temps-ci, la même que celle qui se pose de très longue date aux humains, qui peut se résumer en : la créature de la créature va-t-elle remplacer la créature ? Et de très longue date la réponse est la même : oui. La forme actuelle de cette question est double, « Le corps de la créature de la créature va-t-il remplacer le corps de la créature ? » et « L'esprit de la créature de la créature va-t-il remplacer l'esprit de la créature ? ». C'est aussi ancien que le moment où les créatures ont commencé à faire des créatures et la réponse est aussi oui. En outre, dès lors que le corps de la créature de la créature remplace celui de la créature, son esprit la remplace, dès lors que l'esprit de la créature de la créature remplace celui de la créature, son corps la remplace.

Je pensais parler d'autre chose mais finalement je reviens sur la question initiale, celle du titre, « CAR . CDR », qu'on pourra aussi décrire comme « “le début” . “la suite” ». Le LISP est très efficace parce qu'il est une variété de langue humaine. Le langage, tout langage, tout langage humain fonctionne de cette manière, “le début” puis “la suite”. Au début, au vrai début et non au début réalisé, le programmeur “imagine le programme”, il réfléchit à un problème et pense à une solution. Cette solution est globale, une pensée justement, qui peut certes être complexe mais forme un bloc, un tout, “le programme” qui transformera un problème en une solution. Là-dessus, il va falloir le traduire en une forme communicable et réutilisable par d'autres, un algorithme, le découpage du programme en unités élémentaires fonctionnelles et sémantiques, sans que l'on puisse clairement séparer fonctions et données, parfois une unité est fonction, parfois elle est donnée, parfois une unité est divisible, parfois plusieurs unités en forment une seule. Et bien, on commence à écrire son programme, “le début”, et on construit peu à peu “la suite” en ne sachant pas trop si ça donnera le résultat escompté. Des fois oui, des fois non. Plus on a l'habitude de programmer, d'écrire, plus le résultat sera prévisible mais il reste toujours incertain. La prévisibilité plus haute ne vient pas d'une, disons, capacité plus haute de “penser le programme” mais d'une familiarité avec le langage, au début on rédige de longues séquences bien propres et bien logiques en apparence mais plus c'est long plus la logique devient mal discernable ; le temps passant on produit des programmes bien sales et bien illogiques mais très denses, parce qu'on a bien intégré le fait que fonction ou donnée c'est une question de position et de point d'accès, si je mets là ce truc comme fonction et que je reviens au même point dans l'autre sens et par un autre chemin ça devrait faire une donnée très convenable, se dit le programmeur, et justement, par cet autre chemin et à ce point précis il y a besoin d'un truc genre donnée plus ou moins de cette forme.

Le paragraphe de la première partie que je cite ici est une forme de “CAR . CDR” un peu particulière, un “CAR . CDR” formel, il a les caractéristiques formelle de la séquence “le début . la suite ” sinon que ce n'est pas le cas. Une personne qui sait lire et écrire sans s'interroger à chaque sous-séquence sur “le sens des mots” et “le sens des phrases” verra à la fin du paragraphe que la première phrase n'a pas grand rapport avec celles qui suivent, elle peut retenir les deux parties en tant que deux unités, ou l'ensemble comme fragment d'une unité plus large, celle de tout ce texte, ou procéder à sa propre fragmentation, et dans tous les cas tenter de “trouver du sens” mais en dehors du texte, dans son propre stock de savoir qui se relie à d'autres savoirs possiblement sans rapport avec les savoirs de mon stock qui ont motivé la rédaction de ce texte. La lecture d'un texte est de la forme “CAR . CDR” par nécessité, c'est intrinsèque à tout langage, d'abord un signal pour alerter ses interlocuteurs, puis une modulation pour “porter l'information”. Le signal peut ou non porter une information, c'est la suite qui le déterminera parce que “le sens” est la reconstitution de l'auditeur ou lecteur d'une “pensée”, d'une unité de sens, indépendante de la forme précise du “message”. Si je dis,

Eh ! Salut mon pote ! Un bail qu'on ne s'est vus !

Ou si je dis,

Cher ami, bonjour, nous ne sommes vus de longue date

Le sens est le même, chaque forme induit des sens secondaires qui donnent des indications sur le degré de familiarité et de proximité des interlocuteurs, enfin dans la première forme le signal n'a pas de sens autre qu'être un signal, dans la seconde il a un sens sémantique, à la fois signal et élément de sens, mais c'est la forme entière qui le dit.

Les hémiplégiques de la langue, les “idéalistes” et les “matérialistes”, ont beaucoup de mal avec cette manière assez simple de comprendre la langue. Assez simple mais qui requiert de l'entraînement (beaucoup lire et écouter, et selon son caractère beaucoup écrire et parler) et qui surtout, demande de la décontraction, ne pas se précipiter pour interpréter, attendre que la forme soit complète, si nécessaire informer qu'on n'a pas compris un segment de forme ou de sens, et “interpréter” au seul moment opportun, la fin d'une séquence de sens. Ce que ne font pas les “idéalistes” et les “matérialistes”. Les premiers “cherchent le sens derrière la forme”, les seconds “donnent du sens à la forme”, bref, ils cherchent en-dehors d'eux ce qu'ils croient ne pas se trouver en eux, l'idéaliste, qui est “pur esprit”, cherche l'esprit derrière la forme puisque la forme, “le corps”, n'est qu'un masque, une apparence, le matérialiste le sens dans la forme puisque la forme représente “l'esprit” du locuteur, et que l'esprit n'est que matière, une “fonction du corps”. C'est pourquoi, comme dit avant, on peut assez tranquillement discuter du cas des idéalistes et des matérialistes, donner des outils de détection desdits et des armes dialectiques contre eux : puisqu'ils cherchent ce qui est en eux en dehors d'eux, aucune chance qu'ils le trouvent. Un bon idéaliste par exemple peut tenter un temps très long de comprendre en quoi “la suite” est un commentaire du “début” cela même si je précise bien qu'il n'y a aucun lien, puisque la Vérité est derrière la forme, et bien, dire la vérité est un mensonge, une manière de masquer la Vérité. Il ne peut croire que la forme et le sens sont une seule chose, donc quand je l'affirme il ne le croira pas, et ne croira pas que, réellement et assez clairement, il n'y a de lien que circonstanciel entre la première phrase et les suivantes.

Cela dit il m'arrive souvent, quand je vois des passages de ce genre, de “chercher le lien entre le début et la fin”. Non que je présume que l'auteur (s'il est réaliste) en supposa un, ce qui est cependant possible, mais comme tout se relie à tout, chercher le lien entre deux unités de sens c'est avoir la certitude d'en trouver un. Le trouver en soi. Et peut-être un sens inattendu, ce qui est le sel de la vie, trouver du sens dans ce dont on pensait qu'il n'y en avait pas m'est toujours un grand plaisir. J'adore les surprises.


1. En me relisant, j'ai repéré cette “faute d'inattention”, ce “lapsus”. Je ne crois nullement en la notion de “lapsus révélateur”, un lapsus rend certes évidente la conception des choses de son auteur, sinon que tout son discours est en concordance s'il est “dans le vrai”, s'il dit ce qu'il croit, en discordance s'il est “dans le faux”. De ce point de vue un lapsus ne révèle pas mais confirme. Considérant que la distinction femme-homme est factice, écrire « suis-je “du genre féminin” ou “du genre féminin” ? » est la simple confirmation que “je pense ce que je dis”, que mon discours est sincère.