Quant à moi j'en tiens pour le premier cas. Il y a deux vieilles questions qui trouvent de loin en loin de nouvelles réponses, celle de la lumière comme onde ou comme corpuscule, et celle de l'espace entre les astres comme vide ou comme éther. Les deux vont ensemble pour tenter d'expliquer l'univers. On a X cas possibles1 :

  1. lumière onde, espace éther ;
  2. lumière onde, espace vide ;
  3. lumière corpuscule, espace éther ;
  4. lumière corpuscule, espace vide ;
  5. lumière onde et corpuscule, espace éther ;
  6. lumière onde et corpuscule, espace vide ;
  7. lumière ni onde ni corpuscule, espace éther ;
  8. lumière ni onde ni corpuscule, espace vide.

Il y a probablement beaucoup plus de cas envisageables, ceux-là me suffisent dans le cadre de cette discussion. La lumière fait de très longue date l'objet de réflexions, on peut dire que c'est le premier objet d'étude de ce qui deviendra la démarche scientifique. Les objets de la réalité se divisent habituellement en matière ou en énergie. L'énergie est “ce qui meut”, la matière “ce qui est mu”. On peut certes convertir de l'énergie en matière et inversement mais cette opération modifie ces objets, ce qui constitue la matière semble avoir la capacité de “stocker de l'énergie”, “transférer de l'énergie” et “disperser de l'énergie”. La question étant alors : qu'est l'énergie ? Non qu'on sache exactement ce qu'est la matière mais du moins est-elle indubitable, alors qu'on ne connaît l'énergie que par ses effets.

L'énergie meut, la matière est mue. Savoir si la matière est un cas de l'énergie, l'énergie un cas de la matière, énergie et matière deux effets d'une même cause, énergie et matière deux aspects d'une même cause, ou autre cas. Les traces de l'action de ce qui nous apparaît comme de l'énergie donnent l'idée d'un phénomène ondulatoire parce que notre manière de la discerner consiste en l'observation des mouvements dans ou sur de la matière ou entre des particules libres de matière (à notre niveau, une “particule” observable ne peut guère faire moins qu'un demi-millimètre pour être accessible à nos sens les moins subtils, la vue et le toucher, pour l'ouïe, l'odorat et le goût la limite de discernement est micrométrique et même nanométrique). Le phénomène effectif est autre, à l'évidence, pour exemple les sons et la lumière : quand un objet produit ou réfracte du son ou de la lumière, quel que soit le point où un observateur à portée de vue ou d'ouïe se trouve il sera atteint directement ou indirectement par le son, la lumière. Leur diffusion n'est donc pas proprement ondulatoire, il s'agit plutôt d'une agitation sans direction ni puissance précise mais suffisamment rapide dans sa répétition pour donner une impression moyenne de direction et de puissance du son ou de la lumière, qui s'atténue avec la distance. Une étoile distante apparaît considérablement plus petite que le Soleil non parce qu'elle l'est (beaucoup de celles qu'on peut voir depuis la Terre ont une diamètre bien plus important que celui de notre soleil) mais parce que le signal qui nous parvient est très atténué dans la frange d'ondes électromagnétiques qui forme ce que l'on nomme la lumière, si on étend nos capacités de perception consciente au-delà ou en-deçà de cette frange on obtient une image meilleure, “plus grosse” dans notre perception immédiate, “avec une meilleure définition” considérant ce qui se réalise effectivement.

Parlant d'étendre nos capacités de perception consciente je parle bien sûr des prothèses que nous ne cessons d'inventer pour “voir l'invisible” et “ouïr l'inaudible”. Non que, le temps passant, les êtres vivants n'aient découvert des moyens naturels d'étendre leur finesse de perception mais il y a des limites et ça prend un temps très long, alors qu'un artifice bien conçu peut d'un coup d'un seul augmenter considérablement notre capacité de discernement, cas par exemple du télescope et du microscope qui, en canalisant et en augmentant le signal reçu, donnent une image d'une définition cinq, dix, vingt fois plus fine. Parler a leur propos de grossissement (ou de rapetissement si on en use dans l'autre sens) repose sur une illusion perceptive du même ordre que celle qui nous fait parler de lever et coucher du soleil, par le fait les objets mis sous la lentille d'un microscope ne sont aucunement agrandis, sinon on le verrait même sans placer son œil devant l'oculaire, ils ont une meilleure définition grâce à cette amplification du signal émis ou réfracté. Au passage, l'effet de perspective est une illusion, quelle que soit sa distance à moi un objet conserve globalement ses dimensions et sa forme, ce qui me le fait voir plus petit ou plus gros est la puissance du signal reçu, et l'impression visuelle que les parallèles se rejoignent à l'infini montre clairement qu'il s'agit d'une illusion. L'effet de perspective est une construction produite par ce qu'on sait habituellement sur son environnement à travers nos divers sens et par notre mémoire, on fait un calcul de position des objets en fonction de ce savoir sur notre environnement, pour déterminer que tel objet fait environ un mètre de haut et se trouve à dix mètres, et que tel autre d'une taille apparente égale se trouve à cent mètres et fait dix mètres de haut.

Toute sensation est une illusion mais le plus souvent réaliste, disons, nos évaluations sont très réalistes au moins une fois sur deux et dans les autres cas la distance à la réalité est le plus souvent suffisamment faible pour rester dans un écart acceptable. Mmm... Mal formulé. Ce que dit ne concerne que les individus d'une espèce se situant “dans la moyenne”. Lesquels sont rares chez les humains car la moyenne est haute, la plupart sont “dans l'écart” et plutôt vers le bas ou la droite ou derrière, mais l'écart est large et l'est de plus en plus.

Lumière et espace : deux aspects d'un même objet ?

C'est ce qu'il en semble. Une chose à considérer : ce que l'on nomme lumière, on ne le perçoit pas réellement, ou si vous le préférez, pas directement. Certaines sensations sont réelles, d'autres non. Parmi les cinq sens canoniques trois sont réalistes, le goût, l'odorat et le toucher, deux ne le sont pas, la vue et l'ouïe. On peut dire des trois sens subtils ou réalistes qu'ils ont une finesse d'analyse de la réalité de niveau électronique, atomique et micromoléculaire, l'ouïe et la vue une finesse bien moindre, de niveau moléculaire ou macromoléculaire. Non pas au niveau des senseurs, chacun a une sensibilité électronique, mais ils fonctionnent en faisceaux permettant, par un calcul d'angle, d'amplitude et d'intensité, de calculer puissance, direction et distance du signal. Le principe de la triangulation, avec trois récepteurs habilement répartis on peut situer un objet distant. En ce cas, les objets à déterminer sont énormes, au-delà du demi-millimètre, et lointains, au-delà du centimètre.

On ne voit pas la lumière parce que c'est impossible. On nomme lumière une frange limitée du spectre électromagnétique, or nous baignons dans ces ondes, si on les voyait on ne verrait qu'elles car nous vivons dans un bain de lumière. Ce que nous voyons est presque l'inverse, des petites différences dans le flux électromagnétique qui indiquent une moindre intensité dans ce flux à un certain endroit. Deux indices pour confirmer la chose : contempler une source lumineuse directement ou passer d'un contexte à un autre où il y a une forte variation du flux nous “aveugle”, trouble notre vision au point qu'on peut ne rien distinguer pendant un temps parfois long ; certains objets modifient si peu ce flux qu'ils sont transparents, qu'on peut voir transparaître ce qu'il y a au-delà d'eux, d'autres le modifient tant qu'ils semblent opaques, avec deux cas extrêmes selon leur forme superficielle, l'absence totale de flux, le “noir absolu”, la présence totale de flux, qui donne l'impression de voir au-delà d'eux ce qui dans la réalité effective se trouve en-deçà, qui “réfléchit la lumière”. C'est le moment de justifier le titre de cette discussion, je prends au sérieux la théorie de la relativité générale et la mécanique quantique, et elles me disent que la surface des choses est l'effet de ce qu'on peut nommer ici polarisation.

Positif, négatif, neutre.

On peut considérer les choses ainsi : il y a entre zéro et trois réalités avec une bonne option pour une réalité, ou pour deux réalités et “quelque chose entre”. La possibilité de zéro réalités n'est pas exclue mais de peu d'intérêt, celle de trois réalités d'assez peu d'intérêt, ça ne fait que déplacer la question, s'il y a trois réalités alors il y en a une infinité ou une seule ou aucune car pour chaque réalité il y a trois réalités, du moins on peut le supposer, donc aussi diverses seraient-elles chaque réalité ressemblerait aux autres. De mon point de vue seule vaut la possibilité des deux réalités et quelque chose entre, non que ce soit nécessairement le cas mais du moins est-ce qui donne envie d'en savoir plus. En outre, elle contient toutes les autres possibilités. Le mouvement de la vie apparaît comme l'aspiration à découvrir “l'autre réalité”. Si du moins elle existe. Or, quand on cherche on trouve, toujours. D'abord, autre chose que ce qu'on croyait chercher, puis on comprend qu'on a trouvé ce qu'on cherchait mais sous un autre aspect, enfin on découvre quelque chose comme une autre “autre réalité”. Les deuxième et troisième moment sont presque simultanés : s'apercevant qu'on a bien trouvé cette “autre réalité”, on découvre aussi, d'abord que c'est la même réalité, ensuite qu'il y a toujours, ou qu'il semble y avoir, une “autre réalité”.

La même, une autre... Y a-t-il, peut-il y avoir une autre réalité ? C'est envisageable sinon que jusqu'ici, chaque fois qu'on découvre cette autre réalité il apparaît que c'est la même. Ou non. Peu décidable. La question est de savoir si ce que l'on percevait jusque-là comme une autre réalité ne provenait pas de nos limites de perception et de compréhension, ou si l'accès à cette autre réalité n'a pas provoqué une fusion des deux, pour découvrir une nouvelle autre réalité, ou découvrir de nouvelles limites de perception.


1. J'ai déjà fait cette blague dans un autre texte : au début de la rédaction de ce passage je ne sais pas s'il y aura quatre, cinq, six cas ou plus, donc j'en indique X ; je devrais censément remplacer cet X par le nombre de cas que je citerai mais je ne le ferai pas parce que ce nombre sera arbitraire et dépendant de ma conception de l'univers. Disons, il y a au moins quatre cas et possiblement plus dans ce cadre de réflexion.