Quand je décris la société, les sociétés, j'ai tendance à déterminer trois ensembles humains, je les nomme de divers noms qui valent ce qu'ils valent, pour décrire la réalité il faut la nommer, un nom en vaut un autre, seule la description importe. Trois ensembles, donc. Voici une nouvelle description, que je ne compte pas étiqueter : le premier et plus vaste inclut des individus aux capacités d'initiative limitées mais assez facilement mobilisables pour peu qu'on leur envoie le bon signal, celui qui déclenche leur conditionnement, par exemple “si tu vois un chiffon jaune tu te mobilises” — en France, la couleur de la mobilisation et de l'action réflexe conditionnée est le jaune — ; le second, assez restreint, est celui qui met en place ces conditionnements pour, le cas échéant, pouvoir mobiliser les premiers pour servir ou préserver ses intérêts propres ; le troisième est peu sensible à ce type de conditionnement, on peut dire de lui qu'il est tout aussi conditionné que les deux autres mais que l'essentiel de ce conditionnement vise à le rendre insensible aux conditionnements. Cela peut paraître paradoxal mais ne l'est pas tant, durant leur conditionnement les membres du troisième ensemble se font clairement expliquer qu'ils sont conditionnés, le but étant de les faire consentir à ce conditionnement, ce qui devrait les rendre imperméables aux conditionnements, y compris celui auquel ils consentent. Mmm... Je me demande si mon explication explique grand chose...

Bon. Je crois que je vais devoir reprendre un peu ici certains propos développés ailleurs dans les pages de ce site. La chose à considérer est que l'accès à l'humanité, au sens de la socialisation spécifique aux humains, découle d'une longue phase de conditionnement, comme ne dit pas l'autre mais comme je le dis parfois, “on ne naît pas humain, on le devient”, et on ne le devient pas “naturellement” mais culturellement, par imprégnation et conditionnement. Nul d'entre nous ne naît sachant parler, sauf Jésus et quelques autres êtres surnaturels mais c'est une fable, dans la réalité ça n'arrive pas, et la langue ne nous vient pas par notre évolution “naturelle”, un humain plongé ses deux à trois premières années dans un contexte où la parole humaine est absente ne parlera jamais, un humain plongé dans un contexte ou elle est présente ne parlera d'autres langues que celles en usage dans ce contexte, par exemple un petit Japonais grandissant au Japon parlera japonais et ne se mettra pas, sauf si on le forme aussi à cette langue, à parler spontanément en français ou en swahili. En outre, le type de conditionnement linguistique induira sa capacité future à parler plus ou moins aisément d'autres langues, en France par exemple, on a tendance à réduire cette capacité en soumettant les jeunes enfants à une seule langue pendant un temps très long et en les formant assez mal dans la période suivante, aux Pays-Bas au contraire on encourage très tôt l'apprentissage “naturel” (dit au sens “dans la forme native de conditionnement”). Et ainsi pour tout ce qui n'est accessible aux humains que par le biais de la socialisation.

Une socialisation achevée est celle du troisième ensemble : on conditionne parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de socialiser, puis on explique le comment et le pourquoi, suite à quoi les nouveaux humains ont toute liberté de consentir à la socialisation. Les membres du second ensemble ont compris le comment mais pas vraiment le pourquoi, ceux du premier ensemble n'ont compris ni le comment ni le pourquoi. Il peut y avoir bien des causes pour que les membres des deux premiers ensembles ne parviennent pas une socialisation complète, ici je ne vais m'intéresser qu'au cas de déficience induite. Enfin, ici, je veux dire dans cette partie du site, pour cette discussion-ci c'est terminé, mon but était de dire dans cette page quelle est la raison de site, et bien, il vise en premier à comprendre comment les déficiences de socialisation induites sont réalisées, avec un but second, rendre la vue aux aveugles — aux aveugles volontaires bien sûr, pour les aveugles involontaires je n'ai pas de remède, il vaut mieux voir ça avec un ophtalmologiste, c'est leur métier de s'y essayer...


J'ai quand même idée de ce qui m'a motivé à créer ce site.

Il y a déjà une question pratique, l'indépendance. Ceci concerne l'infrastructure : qui possède et gère les serveurs où sont stockés les programmes et données de ce site et en quel lieu ? Longtemps (environ quinze ans) j'ai disposé de sites sur des serveurs gérés à un niveau national ou international, possédés par une personne anonyme, une SARL (oui, une personne, mais du type dit moral, une non personne, un être légal non relié à un être réel), et situés je ne sais où, quelque part dans le monde, possiblement en plusieurs endroits (serveurs de programmes à Camberra, serveurs de données à Dresde, par exemple), possiblement nomades. Il y a environ deux ans j'ai réfléchi à la question, et me suis demandé s'il existait des petites structures détenues par des personnes physiques et dont les serveurs, à la fois n'étaient pas trop loin de chez moi et étaient stables donc accessibles, et j'ai trouvé ça. Désormais, quand j'ai un problème avec mon site je n'entre pas en contact avec un “technicien” qui ne sait rien d'un point de vue technique, ne sait rien de son employeur et ne sait rien sur mon problème mais sur l'un des associés, qui est aussi le gestionnaire des serveurs et qui me connaît, pour qui je ne suis pas un “compte” mais un client, une personne réelle, et qui bien sûr s'y connait en informatique. Bien sûr, ceci a un coût : j'ai toute liberté de gérer mon site, et la liberté est une contrainte, je peux y faire ce que je veux donc n'importe quoi, ce qui d'une part requiert un certain niveau de compétence, de l'autre une responsabilité entière pour la partie privée de ce site, mon prestataire n'étant responsable que de la continuité et de la qualité du service.

Il y a la question du projet global. Là c'est le même depuis que je maintiens des sites, soit depuis 2002 : mettre à disposition de tous mes savoirs, mes connaissances, mes compétences et mes opinions, celles-ci appuyées le plus souvent sur des analyses. Sauf en de rares cas je ne veux convaincre personne de quoi que ce soit et dans ces cas je le signale. Quand ce que je mets en ligne ressort de mes opinions je les partage mais ne compte pas spécialement que mes visiteurs les acceptent tels quelles, au contraire j'escompte qu'ils les discutent, avec moi, avec des tiers ou avec eux-mêmes. Parmi mes rares certitudes j'ai celle-ci : il ne faut jamais recevoir pour vrai ou pour faux ce qu'on n'a pas pris la peine de vérifier.

Il y a la question des circonstances. Il y a environ deux ans, j'ai décidé de changer de mode d'administration de mes sites, parce que m'apparut nécessaire d'en avoir un où il me serait loisible de modifier rapidement les contenus et d'ouvrir cette possibilité à des tiers. J'ai testé plusieurs possibilités sur mon précédent compte, jusqu'à trouver un outil qui ne me satisfait pas entièrement mais qui répond assez à mes souhaits. Ensuite j'ai attendu la fin de mon contrat, ne l'ai pas renouvelé et ai ouvert un compte chez mon prestataire actuel. Ma motivation était simple : j'ai constaté qu'après une longue phase de conditionnement, de “bourrage de crâne” comme on disait en son temps, mon pays a décidé d'entrer en guerre d'une manière plus décidée, et pour cela d'établir un état d'urgence permanent et non plus, comme dans la période précédente, de “mobiliser la population” de loin en loin en maintenant entre deux mobilisations un état de tension diffus mais permanent.

Je suis opposé à la guerre, il m'a donc paru pertinent de proposer à mes contemporains un espace de “débourrage de crâne”, non pas une contre-propagande mais un lieu d'analyse de la propagande. Je ne souhaite pas spécialement que mes visiteuses et visiteurs partagent mes opinions, notamment en ce qui concerne la guerre, par contre je souhaite que s'ils optent pour le maintien de l'état d'urgence permanent ce soit en toute connaissance de cause. Or, de ce que j'en observe dans mes rapports directs avec mes contemporains, très peu comprennent ce qu'implique le fait que nos trois derniers présidents ont effectivement décrété que notre pays est en guerre, ce qui entre autres signifie une suspension partielle et parfois totale des libertés publiques, et la censure partielle et parfois totale de l'information.


Je ne voudrais pas donner l'impression de me poser en “résistant”, je ne souhaite surtout pas résister contre le mouvement de la société, comme dit je suis contre la guerre, or résister c'est faire la guerre. Bien sûr, le cas échéant, si ma vie était en péril il se peut que je résiste mais localement et provisoirement, et en évitant d'être dans la circonstance de tuer ou de blesser gravement quiconque. Non que je sois spécialement bon ou gentil, mais parce que l'on ne sait jamais à qui on s'oppose en cas de conflit. La fonction principale de la justice dans une société est de déterminer, suite à une situation où ses règles sont enfreintes, qui est responsable. Prenez le cas récent du procès consécutif à “l'affaire Mérah”, comme on dit dans les médias, beaucoup plus sobrement et plus exactement nommée « Attentats de mars 2012 en France » : l'auteur des faits est très clairement Mohammed Merah, mais le procès consécutif qui eut lieu fin 2017 a mis en évidence d'autres responsabilités, et tel que les faits le montrent l'assassin n'était pas l'auteur principal mais un instrument. Dans ce cas un instrument consentant (bien que ça ne soit pas si simple), ce qui n'est pas toujours tel. J'ai un exemple en tête, un événement dans lequel je fus acteur, qui aurait pu aboutir à une situation catastrophique et qui condense beaucoup de ce que j'observe en ce moment et qui ne me convient pas.

La chose se passe à la fin du printemps 1984 ou 1985, je ne sais plus, durant la période de récolte des cerises dans l'Hérault. Nous avions trouvé une embauche, un de mes camarades de faculté (qui devint par la suite un ami) et moi. C'était loin de notre lieu de résidence donc nous vivions sur place avec plusieurs autres, en camping improvisé. Dans ce groupe disparate il y avait un certain nombre de “gentils”, deux “méchants” et quelques ni gentils ni méchants dont mon ami et moi. Les deux “méchants” étaient un ancien miliaire qui avait été en mission au Liban à la pire période, celle où eut lieu un grave attentat qui provoqua le retrait des troupes françaises et étasuniennes qui tentaient de former une force d'interposition. Il eut à faire face durant sa mission à plusieurs situations difficiles qui, tel qu'on peut le comprendre aujourd'hui, induisit un “syndrome post-traumatique” modéré mais net, avec entre autres conséquences une détestation irrationnelle mais irrépressible des “Arabes”, ou pour le dire plus exactement, contre toutes les personnes qui par leur apparence et leur nom se reliaient à l'ensemble dit “arabo-musulman” tel qu'on le constate du Maroc à la Mésopotamie. Il n'était pas proprement raciste, simplement ça le ramenait à ces situations traumatiques subies au Liban. L'autre “méchant” était un petit malfrat, ancien repris de justice, un peu filou, ce qui n'est pas vraiment un problème pour des “gentils”, mais il ajoutait à cela le fait qu'il était très ami avec l'ancien militaire “anti-Arabes”, ce qui le classait dans le camp des “pas gentils”. Mon ami de faculté était Marocain et portait un nom “musulman”, ce qui ne favorisait pas nos relations avec les “méchant”, lui et moi qui étais son ami – j'ai aussi des liens avec l'Afrique du Nord mais ça ne se lit ni sur mon visage ni sur mon nom, par contre j'étais le copain de “l'Arabe”.

Les deux “méchants” et les deux “Arabes” étaient des personnes raisonnables, eux et nous étions là pour le boulot et n'avions pas nécessité de copiner, donc on s'évitait, ce qui évitait en même temps les possibles problèmes relationnels. Il se trouve que dans le groupe, parmi les “gentils”, il y avait une personne qui par la suite apparut formellement comme un “mythomane” (je ne sais pas s'il l'était mais du moins il créa une situation d'un type formel “mythomaniaque”, d'où cette qualification). Je ne vais pas faire toute la généalogie de cette histoire mais du moins, le “gentil mythomane”, puisque “gentil”, avait des relations aussi bien avec les “méchants” que les “Arabes” — Eh ! Un “gentil” l'est avec tout le monde, même les “méchants” et les “Arabes”. Enfin, des relations, plus ou moins, ni mon ami ni moi ne l'appréciions trop, idem du côté des “méchants” mais bon, on le supportait. Toujours est-il, il raconta aux “méchants” que les “Arabes” lui avaient dit qu'ils comptaient faire je ne sais quelle mauvaise action à leur encontre, et il nous raconta que l'ancien militaire lui avait dit vouloir faire un sort aux “Arabes”. Vous imaginez l'ambiance... Je ne me rappelle plus exactement le déroulé de tout ça mais en tout cas, ça induisit en un premier temps une conséquence inévitable, eux et nous continuions à ne pas nous fréquenter mais quand on se croisait, il y avait un certain malaise...

En un second temps, je ne sais plus exactement de quelle manière, le “mythomane” parvint à convaincre les “gentils” que les “méchants” étaient une menace pour les “Arabes” et suscita la constitution d'une sorte de tribunal pour décider de ce qu'il fallait faire pour résoudre la situation. Cela, bien sûr, en l'absence des “méchants”. Savez-vous ? Tous les “gentils” s'accordèrent pour décider d'informer notre employeur de la situation et de lui demander de virer les “méchants”. Je ne dirai pas que j'étais totalement contre (quand on est pris dans un tel contexte il n'est pas aisé de s'en abstraire) mais mon ami et moi, ainsi surtout que les autres ni gentils ni méchants, avons opté pour une autre solution, attendre le retour des “méchants” et s'expliquer avec eux. Le “mythomane” était contre et argumentait sur le fait qu'un ancien militaire et un malfrat sont des gens dangereux. Les “gentils” étaient plutôt d'accord, les ni gentils ni méchants, dont mon ami et moi, plutôt en désaccord, d'abord parce que nous étions tous plutôt solidaires avec les ouvriers qu'avec les patrons, donc dénoncer un collègue à l'employeur ça nous ennuyait, ensuite parce que le nombre était en notre faveur en cas de problème. Du coup, on attend leur retour, on commence à discuter le coup et c'est à cette occasion qu'on découvrit la situation réelle, les “méchants”, très surpris, nous ayant alors expliqué ce que dit plus haut, ce que le “mythomane” leur avait raconté à propos des “Arabes”. L'accusation se reporta sur lui, bien évidemment. La sanction fut bénigne, mais très grave pour un “mythomane” cela dit, puisque désormais personne ne crut rien de ce qu'il pouvait raconter. Conséquence seconde, les “méchants” et les “Arabes”, ainsi que les ni méchants ni gentils, ont commencé à taper la discute, et ont sympathisé. Pas les “gentils” en revanche, ou du moins pas sur le coup, parce que personne n'apprécie de se révéler sous un aspect peu reluisant, du genre dénonciation aux autorités sans preuves et par contumace.


Cet événement a donc un rapport avec la situation sociale actuelle en France et dans nombre d'autres pays : les “gentils” sont figurés par la majorité des Français, les “méchants” par les “assistés, étrangers et musulmans” et leurs supposés partisans, le “mythomane” est l'appareil global de gestion de l'information, les politiques et les médias, qui contribuent à créer une opposition artificielle entre les deux ensembles en racontant un peu n'importe quoi, sans se soucier trop de la véracité de leurs propos, du moment que ça “prouve” cette opposition. La question est alors : doit-on expulser les Juifs ou les mettre en camp, ou discuter le coup pour démêler le vrai du faux ? M'est avis qu'on devrait discuter.

Donc, je ne veux pas “résister”, tout au contraire je souhaite “céder”, céder à la pression conjointe des groupes de pouvoir et de leurs relais médiatiques pour contribuer à ce que rien ne change en divisant des supposées “communautés”. Pour ça, et bien, il faut discuter, ce qui contribue simplement et tranquillement à démêler le vrai du faux. Et à déterminer les réelles responsabilités. Cette méthode a un gros avantage, ça évite largement les conflits : quand un responsable se révèle irresponsable, plus personne ne lui fait confiance, donc il n'a plus cette arme de la confiance pour obtenir de ses semblables leur consentement.