Le texte qui suit est très long et très imparfait, notamment il est très grossier quant à l'analyse des “médiateurs” et des “politiciens”. Il n'est jamais trop bon de faire des analyses avant de disposer d'une série de faits nouveaux suffisante pour se faire une idée à-peu-près acceptable d'une situation. Pour imparfait qu'il soit, et injuste envers bien des personnes qui, comme moi, n'avaient pas assez d'éléments pour comprendre les évolutions en cours, je le publie quand même car il me semble un instrument acceptable en vue de comprendre pourquoi les médias connaissent un dysfonctionnement permanent, qui s'accentue quand précisément médiateurs et politiciens manquent d'éléments d'information pour saisir assez correctement la situation dans laquelle ils évoluent et qu'ils doivent commenter.


Le titre renvoie à ce pont-aux-ânes des médias, « l'information va de plus en plus vite », censé justifier les dérives, dérapages et emballements très récurrents mais donnés comme exceptionnels où, par désir de ne pas être dépassé voire de prendre de l'avance sur les médias concurrents, ou par conformisme, les médiateurs publient des « informations » qui n'en sont pas ou sont fausses. Dans les faits, l'information ne va pas plus vite ou moins vite car elle n'est pas un objet dont on observe le déplacement mais que l'on fabrique dans les médias, par contre la non information, elle, va de plus en plus vite, c'est-à-dire que le processus de création de la non information s'accélère1.

Qu'est-ce qu'une non information ? Un objet qui a les caractéristiques de ce qu'on nomme information dans les médias. Mais avec des particularités qui en font une non information. Je vois qu'il va falloir d'abord élucider ce qu'est une information pour un médiateur...

Information, désinformation et non information.

Information et non information.

La réalité observable se compose de nombreux objets dont deux intéressent principalement les médias, les faits et les événements{FOOTNOJe parle ici des médias généralistes, ceux spécialisés peuvent s'intéresser à des objets qui sont aussi en quelque manière des faits, mais pas du genre qui intéresse en premier ceux généralistes.{FOOTNOTE}. Un fait est un segment isolable dans le flux des événements au sens ordinaire de « fait[s] qui survien[nen]t à un moment donné ». Un événement est ce que dit mais dans une acception un peu différente, un fait notable, mémorable, qui rompt avec le flux ordinaire de la survenue des faits. Si ces explications peuvent paraître tautologiques la séparation est pourtant nette : un fait est un événement, quelque chose qui advient et qui est isolable, un événement est dans l'acception qui nous intéresse un fait extraordinaire, « qu sort de l'ordinaire », qui se singularise assez pour ne pas être considéré ordinaire.

Les médias s'intéressent à toutes sortes de faits, surtout des faits ordinaires, d'autant plus s'ils visent un public bien déterminé, par exemple les médias ou segments de médias dits régionaux non parce qu'ils s'adressent proprement à une région, ils visent souvent une zone géographique moins ou plus importante, mais par opposition aux médias ou segments de médias dits nationaux, se consacrent largement à des faits ordinaires, les informations de proximité ou de service. De même, si leur appareil formel semble désigner autre chose en les « spectacularisant », les événements rapportés par les médias people ou à scandale ou « de caniveau » sont pour l'essentiel des faits ordinaires, leur seul intérêt étant d'être spectaculaires en eux-mêmes (faits divers) ou de concerner des personnes considérées extraordinaires (acteurs, artistes notoires, gouvernants, notabilités, etc., et bien sûr cette catégorie récente, les people sans talent particulier, dont la seule singularité est d'avoir de la notoriété). Disons que plus un média est spécialisé, plus les sujets de son contenu sont stéréotypés et peu singuliers.

Mais les médias généralistes traitent aussi pour l'essentiel de faits ordinaires, et pas seulement dans leurs sujets de proximité ou de service (météo, programmes télé et radio, courses hippiques du PMU et autres pronostics et résultats de jeux, etc.). Le cas le plus évident me semble, disons, l'information institutionnelle : on ne peut pas vraiment dire que les paroles et gestes de nos responsables institutionnels sorte souvent de l'ordinaire, ils ont des fonctions assez routinières et prévisibles, pourtant cela forme une part non négligeable des informations supposées extraordinaires que les médias généralistes diffusent. On peut dire que, même si avec des moyens rhétoriques différents, les médias généralistes « spectacularisent » tout autant leurs informations que ceux à scandale ou people, les mettent en scène, les « fictionnalisent » pour leur donner un relief qu'elles n'ont souvent pas. Pour exemple, les voyages de responsables politiques à l'étranger : d'un voyage l'autre on a peu de variation et peu d'informations à proprement parler, les étapes sont les mêmes, les protocoles répétitifs, les discours convenus, pourtant il y a presque toujours nombre de sujets avant, pendant et après eux pour tenter de singulariser ce qui n'a que rarement un caractère singulier. Ce qui nous amène tout doucement à la non information.

Une non information est formellement une information. Elle se singularise par le fait que son sujet ou son objet est en-deçà de tout trait qui puisse la singulariser. Même un voyage protocolaire de responsable politique compte des aspérités, certes assez similaires d'un voyage l'autre mais des aspérités, des « faits ». La non information traite d'un non fait ou d'un fait sans aspérités. Le cas qui va principalement m'intéresser est l'élection présidentielle en général, celle française en particulier, celle de 2017 spécialement. Le temps passant, ce sujet a connu une extension phénoménale dans les pays développés où le chef de l'État est élu au suffrage universel direct et où il a une réelle position de pouvoir, deux choses qui vont souvent ensemble, les pays où la fonction est surtout honorifique tendant à privilégier le suffrage indirect, même si certains États (je pense notamment à l'Autriche) procèdent à une élection au suffrage universel direct, ou bien préfèrent encore un chef de l'État non élu (monarque, doyen d'une assemblée2...).

L'élection présidentielle est, au sens banal, une information : à telle date, a, aura, eut lieu l'élection du président de tel pays. L'objet « élection présidentielle » tel que présenté et discuté dans les médias a un rapport incertain avec elle. Et un rapport incertain à l'objet « information » tel que défini dans les dictionnaires, spécialement au pluriel, « les information ». Le TLF (Trésor de la langue française) nous donne plusieurs acceptions, dont celles-ci nous intéresseront :

  1. Action de s'informer, de recueillir des renseignements sur quelqu'un, sur quelque chose
  2. Ensemble des activités qui ont pour objet la collecte, le traitement et la diffusion des nouvelles auprès du public.
  3. Ensemble de connaissances réunies sur un sujet déterminé.
  4. Faits, événements nouveaux, en tant qu'ils sont connus, devenus publics.
  5. Fait, événement d'intérêt général traité et rendu public par la presse, la radio, la télévision.
  6. Émission consacrée à l'information, généralement à heures fixes.

Les quatre premières concernent l'information en général, les deux premières étant plutôt d'usage singulier, les autres plutôt ou seulement pluriel. Le TLF dit comme moi que l'information concerne les faits et les événements. L'élection présidentielle de 2017 est un fait mais pas encore un événement, ce 15 avril 2017 où commence la rédaction de cet article. Un fait au sens où il est effectivement prévu qu'elle ait lieu les 22 et 23 avril avec, le cas échéant, un second tour les 6 et 7 mai3. Il n'y a pas encore eu de cas semblable pour la présidentielle mais une élection peut être reportée dans certaines circonstances, dont l'empêchement d'un candidat (je me souviens de quelques cas pour des législatives où un candidat eut un empêchement majeur, le décès) ce qui ne change rien au fait précis que le mandat présidentiel actuel arrive à échéance et que très bientôt, probablement aux dates prévues et au pire peu après, disons, dans les semaines à venir, aura lieu une telle élection, sauf cas de guerre, et encore. Ce n'est pas un événement car elle n'a pas eu lieu : un fait peut être hypothétique, ce que ne peut être un événement, un « fait qui s'insère dans la durée ». On peut certes anticiper un événement (une élection par exemple) mais il ne le devient qu'en s'inscrivant dans la durée, en devenant un fait du présent ou du passé.

Sauf la dernière, ces acceptions ont en commun de définir l'information comme portant sur des faits avérés ou vraisemblables. La dernière définit simplement un type de programme audiovisuel, certes censé porter sur l'information, les informations, mais ça n'est pas proprement ce qui définit cet objet, « les informations » sont un type d'émissions signalées par leur contenu présumé et le plus souvent leur régularité. Dans une dictature ou même une démocratie autoritaire où les médias audiovisuels sont sous le contrôle de l'État, on appelle aussi ces émissions « les informations » sans qu'elles diffusent toujours des informations stricto sensu, un recueil de renseignements sur un sujet ou objet, ou un fait, un événement devenu ou rendu public. La non information sera donc la diffusion d'une nouvelle qui ne répond pas à tous les critères définissant une information.

Avant de poursuivre, une petite précision : on tend souvent à voir « informations » et « nouvelles » (les deux au pluriel même si parlant d'un objet particulier l'usage du singulier est permis ou requis) comme des synonymes, or les nouvelles sont autre chose, ce qu'indique le TLF de nouveau : « Tout ce que l'on apprend, sur les sujets les plus variés, par la presse, la radio, la télévision, la rumeur publique ». Autrement dit, une nouvelle n'est pas obligatoirement une information au sens strict, c'est juste « ce que l'on apprend, sur les sujets les plus variés ». Raison pourquoi, d'ailleurs, le terme certes un peu désuet de « nouvelles » pour nommer ce qu'on appelle désormais uniquement « informations »me semble plus exact. Dire donc d'une non information qu'elle est la diffusion d'une nouvelle n'a rien de paradoxal, il s'agit d'une nouvelle qui n'informe pas, si du moins elle apprend quelque chose, ici quelque chose sur l'information médiatique...

L'information est :

  1. un recueil de renseignements et en ce cas,
  2. sur un sujet ou objet, ou c'est
  3. un fait, un événement devenu public,
  4. un fait, un événement rendu public.

Une non information est donc une nouvelle :

  1. qui ne se base pas sur le recueil de renseignements, ou
  2. qui ne porte pas sur un sujet ou un objet, ou
  3. qui n'est pas un fait, un événement, ou
  4. qui n'est pas un fait, un événement devenu ou rendu public.

Le distinguo entre les points 3 et 4 est du même ordre qu'entre les deux précédents : si le cas est rare, il arrive qu'une nouvelle soit le résultat d'un recueil de renseignements sur un non sujet ou un non objet, dit autrement, un informateur peut sciemment tromper un enquêteur en lui fournissant des éléments ayant les apparences de la vérité à propos d'un objet ou sujet qui n'existe pas, pour exemple et même si, dans sa phase non information le public visé était restreint, l'affaire des avions renifleurs montre qu'un informateur (ici deux) peut très bien construire un objet qui a toutes les apparences de la réalité que ses relais prendront pour vrai et diffuseront sincèrement comme vrai à des tiers. Le cas le plus courant est cependant est l'absence de recueil de renseignements. Le cas 4 correspond au scoop ou son équivalent actuel, le buzz : le diffuseur du supposé fait, pressé de le rendre public pour « griller la concurrence », ne prend pas le temps de vérifier sa pertinence ou sa réalité, et peut par précipitation donner une nouvelle fausse ou sans intérêt pour une information ; le cas 3 est plus large et comprend aussi les cas où un diffuseur de nouvelle la publie sciemment comme information en pensant ou en sachant que c'est une non information. Disons, les cas 2 et 4 sont ceux où le diffuseur est naïf au sens où il ne sait pas qu'il diffuse une non information, les cas 1 et 3 ceux où il ne se donne pas les moyens de vérifier une nouvelle ou diffuse sciemment comme information une non information. Dans tous les cas le résultat est le même.

J'ai un adage : un con est un salaud en puissance, un salaud est un con qui s'ignore. Dans le cadre de cette discussion, ça signifie qu'un médiateur qui fait mal son boulot (pas de recueil réel de renseignements ou pas de vérification d'une nouvelle) ou un médiateur qui fait un autre boulot (pas de recueil de renseignements du tout ou diffusion volontaire de non information) parviennent au même résultat, désinformer et décrédibiliser leur profession. Je dois le dire, j'ai du mal à trouver des circonstances atténuantes aux cons quand ils font un boulot qui requiert du discernement sans en avoir les capacités, pour moi un médiateur con est aussi malfaisant qu'un médiateur salaud. Qui donc est in fine un con, puisqu'il contribue à, comme on dit, scier la branche sur laquelle il est assis4.

Désinformation et non information.

La non information est à la fois un cas particulier d'information et un cas particulier de désinformation. Sans l'avoir explicité, il me semble clair que la frontière entre information et non information est mince, hors celles de service et de proximités il existe un ensemble d'informations et en premier celles institutionnelles déjà citées, qui sont si proches de la non information que certaines y tombent5. Il y a une proximité similaire entre non information et désinformation mais dans l'autre sens : même si l'on n'a pas pour but de désinformer, non informer quand c'est à haute dose finit par avoir le même effet. Et comme dans l'autre cas, il y a une limite très mince entre les deux : non informer sciemment c'est désinformer puisqu'on se sait vecteur de nouvelles fausses ou non pertinentes, avec la différence que l'on n'a pas pour but de désinformer.

Pour clarifier les choses, la non information volontaire répond certes à la définition de la wikt:désinformation?, l’« action [...] de communiquer sciemment de l’information fausse », sinon que désinformer est aussi une démarche idéologique, sauf rare cas le désinformateur (qui s'est rebaptisé récemment « réinformateur ») ne le fait pas pour le plaisir de le faire, il a un projet et dans ce cadre la désinformation est un instrument de sa propagande. Le non informateur volontaire a lui aussi un but et, d'un sens, une idéologie, implicite ou explicite (pour lui, consciente ou inconsciente), mais le plus souvent il ne va pas trier ses non informations en but de contribuer à la réalisation d'un projet politique, il les prendra pour leur caractère attractif et leur capacité espérée à attirer le public. Bien sûr, le non informateur qui privilégie systématiquement des nouvelles fausses ou sans intérêt d'un même type (par exemple, celles concernant des faits criminels ou délictuels attribuables à une certaine frange de la population) diffère peu du désinformateur, il est une sorte de Jourdain de la désinformation.

Pour conclure cette partie, la non information est donc une nouvelle publiée dans les formes et sous les aspects d'une information, qui a certains points communs avec la désinformation, et qui diffuse un non fait, un non événement ou un fait sans intérêt pour le public. Vous avez l'impression de voir la description de l'information ? Moi aussi...

Quelle est la vitesse d'une non information ?

C'est une question, d'où en naît une autre : quelle est la vitesse d'une nouvelle ? Et la réponse me semble : une nouvelle va à la vitesse de la communication. On peut situer le moment où la communication acquit sa vitesse optimale en 1963 avec le tout premier satellite de télécommunication géostationnaire, mais elle acquit sa vitesse maximale plus tôt, on peut dire que cela eut lieu en plusieurs temps, le première étape est la pose du premier câble télégraphique intercontinental en 1866 puis, plus décisif, le début des câbles téléphoniques en 1956 qui deviennent très vite câbles de télécommunication. Entretemps, dans les années 1920 et 1930, les émetteurs radio à ondes courtes sont aussi une étape décisive mais ce n'est que dans l'après deuxième guerre mondiale qu'elles deviennent d'usage plus courant, et plus encore après 1954 et la diffusion des émetteurs et récepteurs à transistors. On peut dire que la diffusion de l'information ne va pas significativement plus vite aujourd'hui qu'en 1957 et n'a plus connu d'amélioration sur ce plan depuis la fin des années 1980, le « gain de vitesse » somme toute mineur durant ces trois décennies venant du fait qu'elles sont plus fiables, donc moins de coupures ou de réceptions de mauvaise qualité.

Qu'est-ce que la vitesse d'une information ?

Que veut signifier un médiateur en général, et plus spécialement les médiateurs qui se voient décerner ce nom dans les médias, c'est-à-dire les porte-paroles d'un média censés (exercice difficile) exprimer à la fois le point de vue du public et celui du média, en disant assez régulièrement que « l'information va de plus en plus vite » ? Deux choses :

  1. la quantité de nouvelles ne cesse d'augmenter ;
  2. le temps accordé à chaque nouvelle est de plus en plus réduit, tant pour son évaluation que pour son traitement.

Bref, la question n'est pas vraiment celle d'une quelconque et introuvable « vitesse de l'information », mais celle de la vitesse de traitement d'une nouvelle ou d'une donnée6. Certes, la masse de nouvelles a augmenté assez fortement avec l'arrivée de l'ADSL haut débit à faible coût et du smartphone puis de la tablette, qui permettent à quiconque de mettre en ligne rapidement n'importe quoi, n'importe quand et n'importe où. De nouvelles au sens restreint de données. Je n'ai pas exactement idée de la proportion mais selon moi, le taux de données dans le total de nouvelles est à-peu-près égal au taux de spams dans le total de courriels, supérieur à 80%, et parmi les nouvelles qui sont plus que des données le taux de nouvelles informatives est à-peu-près égal au taux de courriels pertinents parmi les non spams, de l'ordre de 30%. On peut donc estimer qu'au plus une nouvelle sur quinze est immédiatement identifiable comme une information, et au plus une sur cinq identifiable comme plus qu'une donnée. Le principal problème, qui justifie sinon le fait du moins l'invocation de la supposée accélération de l'information, est que le travail que réclame une nouvelle est inversement proportionnel à son niveau informatif.

Données, nouvelles et informations.

La différence entre ces trois objets est à la fois de degré et de nature. D'un point de vue formel ce que proposent les médias est pour l'essentiel de la nouvelle mais l'on suppose, ou du moins l'on supposait jusqu'à en gros la fin des années 1970 que les médias proposaient des informations dépouillées de leurs marques formelles. Cela se modifia lentement pendant quatre à cinq lustres7 puis, au tournant des années 1990 et 2000, une modification plus radicale encore se produisit qui, elle, fut assez rapide, environ un lustre. Avant de poursuivre, trois définitions valables dans le cadre de cette discussion :

  • Une donnée est un élément minimal de signification. Ça n'induit pas qu'une donnée est un élément simple, juste qu'elle n'est pas directement analysable. Par exemple, une nouvelle comme « en France en 1012 les CSP+ représentent 25,9% de la population active de plus de 15 ans » est une donnée inanalysable : quelle est la population totale en France en 2012 ? Quelle est la proportion de la population active ? Quelle proportion de la population de plus de 15 ans et de moins de 65 ans, est classée non active ? Quelles sont les catégories déterminées comme « catégories socio-professionnelles supérieures » ? Ou pour qui n'a pas les clés, que signifie CSP+ ? Ce n'est donc pas une nouvelle simple mais elle ne contient pas les éléments permettant de l'analyser.
  • Une nouvelle est, selon le cas ou le point de vue, une donnée contextualisée ou une information probable mais non validée. Pour reprendre la donnée précédente, une nouvelle dira plutôt : « selon l'INSEE, en France en 1012 les catégories socio-professionnelles supérieures (CSP+) représentent 25,9% de la population active de plus de 15 ans (13,3 M de personnes) ». Il y a du contexte (qui le dit, combien de CSP+, ce que le sigle signifie) mais non les éléments qui permettent de vérifier par soi-même ces éléments.
  • Une information est donc à la fois une donnée ou une collection de données, les éléments de contexte et les éléments de vérification, au minimum les éléments permettant de retrouver le document INSEE à partir duquel cette nouvelle a été constituée ou d'où elle provient.

En théorie, un média est un filtre : il agrège des nouvelles disparates, depuis la donnée jusqu'à l'information, essaie de retrouver les éléments de contexte d'une donnée qu'il estime d'intérêt public, essaie de retrouver la source d'une donnée faiblement contextualisée, et vérifie – ou invalide – les informations qu'il reçoit. Raison pourquoi il peut diffuser des nouvelles voire parfois, pour celles n'ayant pas besoin de contexte (p. ex., « En France, il y a eu [X] naissances en 2015 ») des données, le lecteur assumant que le médiateur a fait son métier, donc vérifié la validité de la donnée ou la source de la nouvelle. Oui mais voilà, « l'information va de plus en plus vite », et le corollaire de ce pseudo-fait est précisément : le médiateur n'a pas le temps de faire son travail. Du coup, il exerce une autre profession que celle de médiateur, celle de rewriter.

Fabrication d'une non information.

Un point à élucider, qui explique largement pourquoi, à un instant donné, un nombre important de médiateurs produit de la non information convergente, c'est-à-dire des discours basés sur des données ou nouvelles au mieux inexactes ou inanalysables, au pire fausses ou mensongères, ou des informations non vérifiées, les mêmes d'un média l'autre et qui traitent de quelques rares sujets dans l'actualité : la supposée hiérarchie de l'information.

Dans l'imaginaire des médiateurs, spécialement des journalistes8, il existe une hiérarchie de l'information. Quelle est-elle ? Il y a la notion abstraite, bien exposée dans ce document pédagogique (PDF) , « le classement des informations effectué par un [...] média [...] en ordonnant ces informations de la plus importante à la moins importante. C’est choisir l’information mise en avant, mais aussi éliminer les informations jugées secondaires ». Mais juste après, l'abstrait est corrigé par le concret. Là ou ailleurs, même topo : les médias établissent une hiérarchie de l'info qui privilégie l'important sur le secondaire et le pertinent sur le non pertinent, sauf que... Suit une énumération de raisons ne permettant pas de respecter cette hiérarchie, au premier plan desquels l'information qui va (vous savez quoi) et « les attentes du public », agrémenté de considérations un peu nauséeuses à mon jugé, genre la fameuse topique du mort kilométrique (un mort à 1km est plus important pour « le public » que mille morts à 1.000kms). Bref, la notion de hiérarchie de l'information est plus là pour rassurer le médiateur (qui on le sait est objectif et en surplomb, extérieur au contexte) que pour décrire la réalité. En gros, le médiateur tente de hiérarchiser objectivement et honnêtement l'information, mais les contraintes l'amènent à « un peu » gauchir cette hiérarchie.

Cela dit, je pense que les médiateurs sont honnêtes dans l'ensemble, je veux dire, qu'ils ont une croyance naïve et sincère en leurs mythes professionnels et attribuent réellement à des causes externes, tant à eux qu'à leur entreprise de média, les manquements aux règles intangibles du genre hiérarchie de l'information, vérification et objectivité. En outre, je pense qu'ils adhèrent tout aussi naïvement à la hiérarchie explicite à l'œuvre et à quelques autres dogmes comme celui du scoop et celui, corollaire, de l'urgence. Tout cela crée le terrain favorable à la non information.

Constitution d'un non information : l'élection présidentielle française de 2017.

Comme dit précédemment, c'est ici « l'objet “élection présidentielle” tel que présenté et discuté dans les médias » qui m'intéresse. Un vieil objet maintenant. Je parle de l'objet particulier « présidentielle 2017 », car l'objet général applicable à toute présidentielle française est récent dans sa forme actuelle. On peut même le dater : postérieur à 2002 et pleinement réalisé en 2005. C'est bien sûr lié à la modification de la durée du mandat présidentiel. Une très mauvaise idée. Il y a une sacrée différence entre un mandat de sept ans et un mandat de cinq. Dans le premier cas, le président a environ cinq ans pour construire sa politique, dans le second, environ un an, au mieux deux ans.

La France est comme la plupart des pays démocratique, il se passe rarement deux ans sans élections, depuis la collectivité de base jusqu'à l'assemblée législative ou, pour certains pays, l'élection au suffrage universel du chef de l'exécutif. En 49 ans de V° république, seulement 15 ans sans élection, et seulement deux fois deux années successives sans. Quand le président a un mandat de sept ans, il peut se permettre de subir cinq ans d'élections contre son camp, il peut même se permettre deux ou trois ans d'Assemblée nationale contre son camp, suffisant pour dévaluer ses opposants, insuffisant pour qu'ils développent une politique qui assiéra leur position. Quand il a cinq ans devant lui, deux ans avec des élections contre lui puis dès la troisième année l'objet « élection présidentielle » mais déjà avant, dans son propre camp les réticences de ses futurs adversaires qui commencent à se positionner pour la prochaine échéance, bref, même dans la meilleure configuration il a un an à dix-huit mois pour tenter quelque chose, autant dire rien parce qu'à échéance de moins de trois ans il n'y a pas moyen de mettre une politique en place.

l'objet « élection présidentielle »... Une pure non information. Pour mémoire, les éléments constitutifs d'une information : un recueil de renseignements sur un sujet ou objet, ou un fait, un événement devenu ou rendu public. En 2014, il n'y a aucun recueil de renseignements possible sur cet objet, dans la majorité personne ne prend position, du moins pour l'élection à venir, par simple souci de ne pas apparaître comme « le diviseur de la majorité » (m'est avis que Benoît Hamon paie en ce moment le fait d'avoir, du point de vue des soutiens de Hollande, été un des chefs de file des « frondeurs », ce qui montre qu'il ne faut pas se désolidariser trop vite de la ligne officielle – et lors de la primaire de gauche Manuel Vals a payé le fait de s'en être désolidarisé trop tard...), dans l'opposition c'est juste les prémisses des positionnements internes donc rien à glaner non plus, reste ceux qui n'ont pas de position externe ou interne à préserver mais à ce moment-là ça n'intéresse guère les médias de disserter sur les chances de Bayrou, Le Pen et Mélenchon. En fait, l'intérêt des partis dits de gouvernement est inverse de celui des médias, les uns veulent se positionner publiquement le plus tard possible, les autres veulent savoir le plus tôt possible. En 2014 toujours, il n'y a ni fait (donc, pas même un discours vraisemblable sur la configuration possible de l'élection à venir) ni a fortiori événement. Disserter sur la présidentielle 2017 en 2014 est donc faire de la non information.

Le vrai début de la non information à récurrence courte (en parler au moins une fois par semaine, plutôt deux ou trois fois) a lieu environ deux ans avant l'échéance. Le moment où se mettent en place les premiers sondages sur « la cote des candidats ». Bon, d'accord, il n'y a pas de candidats déclarés, du moins parmi les personnalités qui intéressent les médias et par ce fait les sondeurs, mais ça n'empêche de les évaluer... Ah ! Les sondages ! Un élément fondamental de cette non information, et un élément basique pour beaucoup d'autres. Une non information de type 1 (pas de recueil de renseignements) ou 2 (pas de sujet au sens strict, un non fait intégral) se passe de toute légitimation, ces non informations sont contextuelles et transitoires ; une de type 3 ou 4, donc un fait de pertinence faible ou nulle ou un non événement, ou un fait, un événement non public et de crédibilité limitée, à besoin de s'appuyer sur quelque chose. Et la chose la plus aisément mobilisable est bien le sondage, qui a l'avantage de n'être constitué que de données. Je parle là des sondages sans visée d'efficacité immédiate, quand un sondeur fait une étude sur l'image d'un produit, la satisfaction d'une clientèle et autres études de type marketing il a de tout autres méthodes que la simple interrogation d'un panel supposé représentatif par téléphone et même désormais, par Internet. On peut dire que le sondage électoral est confortable pour les instituts : ça ne rapporte pas grand chose mais ça ne coûte pas cher et en plus, on n'a pas vraiment besoin d'en connaître les résultats, puis pendant longtemps ça constituait une vitrine pour ces instituts. Plus trop maintenant, certes, vu qu'ils démontrent de moins en moins la supposée fiabilité des instituts qui les produisent. Tout passe...

La raison pour laquelle les sondeurs n'avaient pas trop à se préoccuper des résultats réels d'un sondage particulier est simple : il disposaient jusqu'à récemment, en gros jusqu'en 2002 pour la France, d'une longue série de sondages grandeur nature, les élections même. Si par exemple dans un sondage donné seulement 5% des personnes interrogées déclarent vouloir voter pour un candidat FN, le sondeur va corriger la chose pour, en 2002 donc, faire remonter les intentions de vote en faveur de ce parti alentour de 13%. Mais la correction sera la même s'ils obtiennent un niveau d'intention de 7% ou de 9%. Lesdits sondeurs nous bassinent sans cesse avec leurs supposées méthodes scientifiques de correction alors que l'explication est beaucoup plus triviale : on ne peut pas estimer sérieusement que le niveau réel de votes pour le FN sera proche de celui issu de l'enquête quand il se situe à moins que la moitié de ce qu'il a été dans la précédente élection comparable et moins que la moitié des résultats de toute élection des quatre ou cinq années précédentes. Du coup on corrigera uniformément en indiquant le niveau le plus vraisemblable en fonction des données réelles.

Tenant compte de cela, on peut comprendre pourquoi on voit presque systématiquement une très forte modification du niveau d'intentions de vote quand le moment de l'échéance réelle d'une présidentielle est imminent : pendant un temps assez long, les sondeurs vont estimer le niveau de certains candidats potentiels ou réels à l'aune de leur résultats précédents (les résultats des élection, non des sondages) avec pour certains une correction systématique vers le bas ou le haut en fonction cette fois de la différence connue entre le niveau d'intentions et le niveau d'expression réelle. Reste un solde à répartir sur les possibles candidats sans historique, soit en eux mêmes soit par leur parti. Dans notre cas, on a Mélenchon, connu, on a Hamon, parti connu, on a le Pen, connue, on a Fillon parti connu, on a les « petis » plus ou moins connus et plus ou moins estimables (beaucoup de variations par exemple pour les candidats LO, NPA ou Verts), enfin on a, comme presque toujours, le candidat surprise, cette fois bien sûr Macron. Au moment où les choses semblent se stabiliser, c'est-à-dire après la désignation de Hamon, quels que soient les résultats réels les sondeurs vont, chacun à sa manière qui, fondamentalement, doit être assez similaire d'un institut l'autre, établir un « cote » qui tient compte des résultats électoraux antérieurs, Hamon dans la moyenne basse du PS, environ 17%, Fillon, pas encore dans les affaires, est dans la zone haute des intentions, au-dessus de 25%, Marine Le Pen assez au-dessus de son niveau normal avec 27%, et Macron dans les 22 à 23%. En toute hypothèse, tous ces nombres sont faux dès cette époque.

Les plus faux (mais pas obligatoirement inexacts) sont probablement ceux de Le Pen et Macron, la première parce qu'elle a droit à la correction habituelle, qui se base sur une sous-déclaration des électeurs FN, le second parce que quand on a pas d'historique on donne une valeur au pif, et ceux de Hamon et Mélenchon, le premier parce qu'on ne peut vraiment pas lui accorder un niveau encore plus bas que le plus bas résultat PS à une présidentielle, le second parce qu'on ne peut vraiment pas le croire au-dessus du candidat PS. Fillon est très probablement le moins corrigé (même s'il se prépare à l'être, mais autrement...). Puis tout se dérègle: Fillon chute, d'abord dans la réalité puis dans les déclarations d'intentions de vote, Hamon ne remonte pas et même descend, Mélenchon ne descend pas et même remonte, enfin nos sondeurs, éclairés par d'autres enquêtes, non publiées mais bien mieux payées donc plus sérieuses et plus fiables9 que désormais les électeurs FN ne sous-déclarent plus, et que les niveaux de Mélenchon et Hamon sont plus proches de ceux déclarés que de ceux corrigés. Même un sondage sérieux n'est pas une prédiction mais du moins est-il plus fiable que les enquêtes faites à la va-vite pour ces mauvais payeurs que sont les médias, plus intéressés par la date de l'enquête (la plus récente possible) que par sa validité. La suite est évidente : sauf pour Fillon, difficile de corriger violemment les niveaux actuels sans mettre en doute toutes les enquêtes précédentes, donc les différents candidats vont voir « lentement » (enfin, manière de dire, en ce cas c'est une lenteur rapide...) leur estimation corrigée, qui vers le haut, qui vers le bas, pour converger vers celles des sondages sérieux10.

Le phénomène suivant est tout aussi prévisible : l'évolution des sondages va orienter les choix des indécis. Sur ma radio (France Culture), j'ai entendu quelques reportages réalisés par des non-journalistes, et quelques-un par des journalistes fiables, un peu avant le chamboule-tout, où l'on entendait notamment pas mal de gens se tâter pour savoir s'ils voteraient Hamon ou Mélenchon, ou hésitaient (mais oui !) entre Le Pen et Mélenchon. Et bien sûr, il y a le terrain et la forte mobilisation des « insoumis » (c'est ainsi qu'ils se désignent) qui n'est pas, et pour cause, contrebalancée par celle des socialistes, pas trop sûrs d'eux-mêmes en ce moment, ni des Marcheurs, pas trop affûtés comme militants et peut-être pas si en marche que leur mouvement ne l'affiche, ainsi que la mobilisation des soutiens de « petits candidats ». Tout ne va bien sûr pas se renverser, sinon le cas Hamon, simplement on se trouve désormais devant une tout autre configuration que ce que la non information antérieure proposait, c'est-à-dire, juste avant le 25 janvier un immanquable second tour Le Pen-Fillon, puis peu après cette date un second tour assuré Le Pen-Macron, mais dans le cas de quatre candidats dont les intentions de vote les situent dans la zone d'incertitude, et un second tour imprévisible. Tout ça m'éloigne de mon propos sans m'en éloigner tout-à-fait. Retournons en 2015.

Pour le redire, il n'y a pas d'objet réel qu'on puisse sérieusement décrire comme « la présidentielle 2017 » en 2015, je veux dire, on n'a ni données ni faits qui puissent étayer la moindre étude d'opinion quant à la candidature de telle ou tel. Que vont faire les sondeurs ? Un truc un peu idiot, évaluer les personnes considérées comme représentatives, celles dont on peut supposer qu'elles se présenteront, celles qui se sont déjà présentées, enfin celles qui disent vouloir se présenter. À l'occasion, on en sort certains de la naphtaline sans que le lecteur du sondage comprennent vraiment pourquoi (Olivier Besancenot, Philippe de Villiers), pour tel parti on prend non quelqu'un de vraisemblable mais quelqu'un de médiatique (du moins au moment du sondage, la médiatisation c'est volatil), telle Cécile Duflot dont les médias ne se sont pas encore aperçu qu'elle ne représentait plus qu'elle-même. Et la machine de la non information se met en place (elle a démarré plus tôt mais c'était un tour de chauffe, cinq sondages en 1013, autant en 2014).

Faire de la non information consiste ici à disserter sur les résultats d'un sondage comme évaluation vraisemblable d'un événement futur donc sur rien puisqu'il n'y a d'événement que du passé. Je ne parle pas là de l'expression convenue « événement futur » qui désigne un fait à venir à forte probabilité de réalisation mais de parler d'un fait hypothétique à vraisemblance limitée comme s'il était accompli. J'ai déjà fait une critique de cette tendance en indiquant que les médiateurs agissent alors comme des devins et astrologues, en assumant qu'une chose non advenue ou sur laquelle il n'ont pas d'informations est un fait avéré, et en discutent comme s'ils avaient des informations sur l'objet ou le sujet. En même temps, les médiateurs ont la claire conscience qu'un sondage n'est qu'un sondage, qu'il ne donne que ce qu'on lui demande de donner, en la circonstance il ne donne que des évaluations sur la représentation que se fait le sondeur ou son commanditaire de ce qu'est, à un instant donnée, une candidature vraisemblable. Ce qui n'est pas très clair. Prenez par exemple le cas de François Fillon, déclaré de longue date comme candidat futur à la primaire de droite quand celle-ci a lieu : pour des raisons inexplicables, entre janvier 2016, où il entre dans la liste des vraisemblables, et novembre de la même année, il sera à éclipse sans que les taux d'intentions de vote envers lui puissent l'expliquer puisque quand présent il obtient près de ou plus de 20% d'intentions en sa faveur. Plus curieux encore, sur septembre et octobre 2016 un seul sondage le prend en compte alors que sa candidature à la candidature à la candidature (pas de coquille : avec l'apparition des « primaires », l'élection présidentielle est devenu un scrutin à quatre tours...) est avérée.

Dans le discours des sondeurs le choix des personnalités proposées est rationnel et repose sur une évaluation sérieuse de leur crédibilité. Dans les faits ça ne semble si clair. Par exemple, un médiateur a beaucoup de difficultés à croire que quand une personne publique dit qu'elle s'éloigne définitivement du segment de l'espace public qui a fait sa notoriété, elle est sincère. Donc, si un politicien affirme qu'il ne briguera plus de mandat électoral, ils ne peuvent pas l'admettre réellement. On a eu le cas en 2006 avec Lionel Jospin : bien qu'il ait dit on ne peut plus clairement qu'il ne se présenterait plus à aucune élection, dès qu'il réapparaissait dans l'espace public revenait systématiquement l'hypothèse de son « retour en politique ». Fin octobre 2005 il publie un libre bilan « qui relance les spéculations autour d'un éventuel retour en politique », comme dit son article dans Wikipédia. Du fait, presque chaque fois qu'il est invité sur un plateau de média audiovisuel, le plus souvent pour parler censément de ses activités actuelles, revient la sempiternelle question de sa possible candidature à la présidentielle de 2007. Chaque fois il répond que la question ne se pose pas, qu'elle n'a pas lieu. Vient le 28 juin 2006 et une interview particulièrement agressive où son interlocuteur insiste très lourdement pour obtenir une réponse. De guerre lasse, Jospin finit par dire : « S'il apparaît que je suis le mieux placé pour rassembler le pays, pour assumer la charge de l'État, pour proposer des orientations aux Français, alors, je me poserai la question, bien évidemment ». Ce qui le lendemain donne :

  • TF1 : « __2007 : Lionel Jospin à petits pas.Invité du 20 h de TF1 mercredi, l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin n'a pas exclu d'être le candidat de la gauche pour la présidentielle de 2007 » ;
  • France 2 : « Jospin prêt à la candidature pour 2007M. Jospin a envisagé mercredi pour la première fois de solliciter l'investiture du PS pour la présidentielle de 2007 » ;
  • RTL : « PRESIDENTIELLE 2007 - Lionel Jospin à moitié candidatCette fois, c’est clair : il a envie d’y aller. Après quatre ans passés à évacuer le sujet, dans chacune de ses rares interviewes, Lionel Jospin a fini par lâcher, mercredi soir sur le plateau de TF1, que "oui, peut-être", si les conditions sont réunies, il serait prêt à refaire au moins un tour de présidentielle, l'an prochain, sous les couleurs socialistes [...]. » ;
  • Libération : « Sur TF1 hier, l'ancien Premier ministre n'a pas écarté une candidature pour 2007.Jospin se retire de sa retraite politique“La question est ouverte”. Mais la réponse est de plus en plus évidente. Pour la première fois, Lionel Jospin, invité hier soir du 20 heures de TF1, a clairement indiqué que l'idée d'être candidat à la présidentielle de 2007 le chatouillait sérieusement[...]. » ;
  • Le Monde : « Lionel Jospin lève le tabou sur sa candidatureC'est dit. “Pour moi, aujourd'hui, à quelques mois de ce moment où des décisions devront être prises, et bien, cette question celle de sa propre candidature est une question ouverte”. ».

Une non information qui aura des conséquences inattendues, notamment la (brève) réapparition de Lionel Jospin dans la liste des personnalités évaluées pour la présidentielle 2007. Ce qui nous rapproche d'une particularité des non informations de ce type, qu'on peut désigner comme la référence circulaire. Ou plus ironiquement, le phénomène « ça doit être vrai puisque je l'ai lu dans le journal » (ou entendu à la radio, ou vu/entendu à la télé).

L'auto-référentialité comme générateur d'informations.

Petite précision : les sondeurs ne sont pas des médiateurs (quoique, ça se discute...) mais du moins, dans leurs rapports aux médias pour des sondages récurrents, spécialement sur la politique, ils en participent. Dire dans ce cas que la référence à un sondage électoral est une auto-référence n'est pas abusif.

Donc, l'auto-référentialité (mon correcteur orthographique n'aime pas le mot). Dès lors que « l'information va de plus en plus vite » il faut trouver moyen de réduire le temps de production d'une information particulière. La méthode la plus simple, a priori, est de la pêcher dans un réservoir censément fiable puis de l'accommoder à sa sauce. Or, qu'y a-t-il de plus fiable qu'un média réputé ou une source périphérique comme les agences de presse ? Qu'y a-t-il de plus fiable en dehors des sources directes, s'entend, lesquelles posent le problème d'une accessibilité limitée et lointaine. L'agence de presse, le journal, la radio, l'institut de sondage sont directement accessibles et toujours disponibles. Vous avez déjà repéré le problème, je suppose : si la source d'un média est un autre média, qui dit que le média source n'a pas lui aussi un autre média comme source ? Rien. Et même, tout dit qu'il y a pas mal de chances que ce soit le cas avec une non information.

Dans un autre article, déjà évoqué mais non cité, Divinations, j'étudie un cas de ce genre, qui ressort des non informations de type 1 ou 3, selon ce que l'on considère : il y a un événement à la base, l'écrasement d'un avion contre une tour à Turin (ou Milan, je ne sais plus) mais sauf un cas, pas de recueil de renseignements ; de l'autre bord, m'intéressait surtout l'étude de la constitution d'une non information, en ce cas le prévisible objet « attentat terroriste », d'autant plus prévisible qu'on était en avril 2002. Une non information car lorsqu'ils publient, la plupart des journaux ne savent guère plus que ça, une simple donnée, un avion s'est écrasé contre une tour à Turin. Ou Milan. Qui et pourquoi ? Mystère. Remarquez, certains savent qui, ce qui devrait éliminer toute spéculation sur un quelconque objet « attentat terroriste » entendu comme attentat terroriste par un (groupe) islamiste, et même l'un d'eux à quelques idées de pourquoi. Or, même les quotidiens qui ont des éléments pour éliminer cette possibilité ne le font pas. La raison en est assez évidente je pense : en avril 2002 il est totalement impossible pour un média de ne pas évoquer cet objet même s'il a la certitude de sa non réalité. En tous les cas, on a bien affaire ici à de l'auto-référence puisque les seuls éléments réels dont les médias disposent proviennent d'autres médias. Ce qui fait que sauf Libération (qui va lui-même constituer une source pour d'autres médias) ils vont disserter sur un fait dont ils ne savent rien de certain ou de vérifié.

On peut dire que l'objet « présidentielle 2017 » reste une pure non information au moins jusqu'en septembre 2016 et un fait de faible pertinence jusqu'en janvier 2017, après la désignation du candidat socialiste. Même alors cet objet reste pour l'essentiel une non information puisque la configuration réelle du premier tour n'est connue que le 18 mars 2017 avec la publication de la liste des candidats officiels. On peut même dire que pour toute élection présidentielle française l'objet médiatique « élection présidentielle » est une non information jusqu'à la veille du scrutin. On peut dire ceci, finalement : tout objet médiatique présenté comme une information et qui se base uniquement sur des données ou sur des nouvelles de faible pertinence est nécessairement une non information.


1. Je regrette d'avoir tardé à écrire sur ce sujet, le texte qui suit est long et disparate, des idées jetées en vrac. L'aurais-je rédigé plus tôt, j'en aurais tiré des textes plus denses et plus précis, pour contribuer aux débats sur l'approche de la politique, spécialement de l'élection présidentielle, par les médias, et en l'autre sens des discussions sur la construction de la réalité par les médias.
2. Ici, non élu au sens où si élu à cette assemblée ce n'est pas par son élection qu'il devient chef de l'État mais par le seul fait de l'âge ou de l'ancienneté dans la fonction.
3. Certains départements et territoires d'Outremer voteront les samedis 22 avril et éventuellement 6 mai.
4. Sauf bien sûr les médiateurs salauds perchés sur une autre branche, les pas si rares médiateurs, même si minoritaires, qui poursuivent d'autres buts qu'informer, les cas éclatants du moment étant les membres de l'équipe de Donald Trump qui ont créé et animé un site de désinformation qui a les apparences d'un site d'information à la fois comme centre de ressources financières et comme tremplin vers un autre destin. Dans ces cas-là, ils sont assez indifférents à la crédibilité des médias et à leur possible chute et même, une de leurs but peut justement être de les décribiliser.
5. J'avais notamment évoqué, dans un autre texte, une « information » donnée par Dominique de Villepin quand il était Premier ministre, et relayée par tous les médias comme nouvelle, c'est-à-dire information inédite, à propos d'un fait entériné depuis plus de trois ans, dont le seul aspect de nouveauté était une promesse finalement non tenue sinon en apparence... Faut dire, ledit Villepin avait inventé cette idée saugrenue pour la France de la conférence de presse mensuelle. Dans un pays où les responsables de l'exécutif ont du répondant et ne craignent pas les questions qui fâchent, ça a du sens ; en France où l'on ne répond qu'aux questions qui plaisent si même on doit y répondre, le conférencier en vient assez vite, après les deux premiers exercices du genre, à ne faire que de la communication institutionnelle, une manière aimable de signifier « parler pour ne rien dire ». Ce qui explique pourquoi Villepin, sec quant à de réelles informations nouvelles, en est vite venu à couvrir d'habits neufs des informations anciennes, bref, à faire de la non information.
6. La donnée est, dirai-je, le degré zéro de la nouvelle, un fait brut élémentaire et décontextualisé. Une masse non négligeable des nouvelles actuelles qui marquent la supposée montée en vitesse de l'information est formée de données, des objets au contenu informatif nul ou négligeable, ce qui implique (c'est plus ou moins le centre de cet article) qu'un traitement rapide de ce genre de nouvelle induira l'extraction d'une information nulle ou négligeable.
7. Pour rappel, comme unité de temps un lustre est une période de cinq ans. Ça me semble une mesure souvent plus commode que l'année ou la décennie.
8. La catégorie des journalistes est illusoire : est dite journaliste toute personne détenant une carte de presse. Détient une carte de presse toute personne qui se voit attribuer la qualité de journaliste. Sauf les journalistes qui exercent sans avoir cette carte, parce qu'ils ne la demandent pas ou qu'on la leur refuse. C'est ainsi. Le journaliste encarté est dit « professionnel » parce qu'il retire de sa profession au moins 50% de ses revenus et que c'est son occupation principale et régulière. Si vous souhaitez être et rester journaliste, n'écrivez pas de livres à succès, le journaliste encarté n'est pas celui qui fait du journalisme mais celui qui travaille dans la rédaction d'une entreprise de presse (par exemple, un réviseur ou un traducteur qui travaille dans une rédaction est « assimilé journaliste »).
9. Ben oui, quand un parti ou un candidat veut savoir ce qu'il en est vraiment de ses chances il est prêt à mettre le prix pour une étude normale, genre marketing.
10. Un indice de la non factualité d'une modification progressive des intentions de vote est la publication d'un sondage effectué du 23 au 27 mars qui donne déjà Mélenchon à plus de 19% et Hamon à 9%. Sondage produit par un nouvel acteur, qui n'a donc pas à se soucier de protéger sa crédibilité en indiquant des valeurs soudain très contrastées par rapport aux précédentes. Sans dire qu'il soit plus fiable qu'un autre, du moins cet institut a l'avantage de montrer que les valeurs données à tel moment peuvent être bien plus tributaires de ce que sait le sondeur des situations antérieures que de ce que lui disent les résultats de ses sondages.Au passage, les instituts n'ont pas tous la même rigueur, non dans leurs enquêtes, pour ça je ne sais pas, mais dans les comptes-rendus : les plus rigoureux indiquent, outre la taille de l'« échantillon », la part de celui-ci qui a répondu. On peut supposer sans grand risque qu'à méthode d'enquête similaire tous les instituts ont un taux comparable de refus de répondre, soit 50% ou plus pour ceux qui l'indiquent. Donc, quand BVA annonce que son échantillon est de 1.459 personnes et sa marge d'erreur de l'ordre de 1,20%, on peut à bon droit estimer qu'il est d'au plus 800 répondants, donc une mage d'erreur de 1,50%, soit dans un cas une indétermination de 2,4%, dans l'autre, d'au moins 3%.

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