Quand ceux des humains qui ont perdu le contact avec la réalité y reviendront, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Le meilleur des mondes possibles n'étant pas au top du top question univers, “le mieux” dans le contexte est, disons, pas trop mal. Mais si on ne vise même pas ce mieux, ça ira “trop mal” dirait ma nièce (à qui je dis régulièrement “si c'est trop ça n'est pas bon”, et qui corrige avec “très” mais là je ne lui contesterais pas le “trop”, le mal, qu'il soit très ou trop, ce n'est pas bon...). Moi qui viens de plusieurs cultures orales (comme elles l'étaient presque toutes il y a un peu plus d'un demi-siècle, ça tombe sous le sens que mes ascendants à deux générations étaient majoritairement de culture orale, et même mes parents d'ailleurs, si moindrement) je sais ceci : avant de parler il faut discuter, et discuter à proportion de ce dont il faut parler. Ceux des humains qui ont perdu le contact avec la réalité ne savent plus discuter, du fait ils parlent pour rien car parler de ce qu'on n'a pas discuté c'est faire du bruit et non pas s'exprimer.


La discussion, ça sert à se régler, à s'harmoniser, à s'entendre. L'objet principal de toute discussion sérieuse est définir ses termes et ses concepts. Exemple, la nation : celle de Marine Le Pen n'est pas la mienne. Nous vivons dans le même pays et sommes citoyens du même État, mais ni sa patrie ni sa nation ne sont les mêmes que les miennes. Je suis prêt à mourir pour ma patrie mais non pour ma nation, elle c'est le contraire, elle n'aime pas sa patrie et aime trop sa nation, ce qui n'est pas “le mieux”. Son père c'est le contraire, il aime trop sa patrie et n'aime pas, ou pas trop, sa nation. La personne raisonnable aime ou déteste autant sa patrie que sa nation mais s'il doit être prêt à mourir pour la première, il doit tout faire pour vivre si la seconde est menacée. Mais par les temps qui courent on confond tout, la nation, la patrie, l'État, la société, la culture, la civilisation... Résultat, je préfère vivre dans mon petit Liré et laisser les insensés se disputer le Mont Palatin, et lancer ma ligne dans mon Loire gaulois quand le temps est clément...

Je n'ai pas d'opinion tranchée à l'encontre de Marine Le Pen, je la soupçonne de n'être pas une bonne personne mais il se peut qu'elle soit plutôt ce que j'appelle une “marionnette”, une personne qui relaie sincèrement un discours qui n'est pas le sien. Quel que soit le cas ça ne change rien, son discours public “transforme la réalité”, elle en dessine une version très simplifiée et très inexacte, et comme elle donne le sentiment de la sincérité, si elle ne convainc pas les personnes qui n'adhère pas à cette version de la réalité, par son talent d'oratrice, sa sincérité apparente (et je crois, réelle), il devient difficile de détacher ses partisans de leur adhésion non tant à son projet qu'à sa personne. J'écoute beaucoup la radio et j'admire ceci : bien des personnes partisanes d'un politicien précis qui y sont interrogées sont totalement hermétiques à la réflexion raisonnable en ce qui le concerne, souvent ils ne croient pas à ce qu'on dit de négatif sur lui et s'ils y croient ça ne remet pas en cause leur adhésion. Le phénomène est assimilable au phénomène physique sonore qu'on appelle harmonisation, le politicien est “en harmonie” avec ses partisans, “sur la même longueur d'onde” ou “dans les mêmes harmoniques”. Ce n'est pas un mouvement à sens unique, du politicien aux partisans ou l'inverse, parce qu'au départ chacun est sur sa propre harmonie, c'est un réglage réciproque entre tous, entre le “chef” et la “troupe” et entre les membres de la troupe. Durant mon service militaire j'ai pu observer la chose : le bon chef n'est pas celui qui met tout le monde à son pas mais qui parvient à coordonner le pas de tous pour aller à la même allure, parce que si tout le monde va “du même pas” les petits restent en arrière et les grands devancent la troupe...

Discuter c'est s'harmoniser mais d'une autre manière, il n'y a pas de chef si du moins il y a quelques dirigeants, ceux qui ont une bonne oreille et savent capter ce qui divise et ce qui unit, petit à petit on construit un “accord” mêlant plusieurs harmonies qui diffèrent mais ne s'opposent pas. La question n'est alors pas de savoir si on est “d'accord” mais “en accord”, si on accepte de mettre en commun ce qui nous unit et de ne pas considérer ce qui ne nous unit pas mais ne nous divise pas. Le “petit Liré” ne s'oppose pas au “Mont Palatin”, ce sont deux réalités différentes qui ont chacune leur valeur mais qui ne doivent interférer que sur ce qui les réunit. Peu m'importe fondamentalement que Marine Le Pen ne soit pas en accord parfait avec moi, m'importe seulement ceci : qu'elle ne veuille pas m'imposer ce que je ne veux pas lui imposer. Je ne veux en aucun cas lui imposer de penser comme moi et lui demande de ne pas m'imposer de penser comme elle; par contre le jour où elle aura besoin de moi, dans la mesure de mes moyens je la seconderai, et j'attends la réciproque. Dès lors qu'elle me dit que les personnes “d'origine”, elle n'en veut pas, et qu'elle ne veut que les “de souche”, comme je suis “d'origine” (je suis originaire de là où je suis originaire) et que je ne suis pas “de souche” (je ne suis pas un arbre ancré dans mon sol d'origine, mon petit Liré ça fait un bail que je l'ai quitté pour parcourir le vaste monde), on ne peut pas s'harmoniser, et sans harmonie, pas de confiance donc pas de réciprocité. Je ne force personne à accepter ma confiance et ne ne souhaite pas qu'un autre me l'impose quand elle ne me convient pas.