Le supposé mouvement dit « mouvement des gilets jaunes » me semble exemplaire de la manière dont se constitue une illusion “mobilisatrice” de second niveau – une discussion est plus précise sur les illusions, l'article « Deux peuples ». On peut supposer une volonté délibérée de l'exécutif pour provoquer un tel mouvement. Je ne suis pas dans la tête des dirigeants actuels de l'exécutif et de ses conseillers, je me base sur ce que j'observe et j'observe une radicalisation générale de la société, je veux dire : une majorité des humains “s'enracine” des temps-ci, se construit une “identité” censée plonger dans les fondamentaux du “pays natal”, de la “nation”, ses supposées racines. Or la majeure partie de ces supposés fondamentaux, censés plonger profondément dans le passé de la nation, sont de construction récente, au plus deux à quatre générations, d'où un double décalage : la méconnaissance du passé distant (plus de quatre ou cinq générations) et celle de la réalité actuelle, spécialement celle la plus distante dans l'espace ou dans la hiérarchie sociale.

La guerre de certains contre certains ou contre tous.

Bien que le texte « Deux peuples » soit en cours d'élaboration je considèrerai ici ses développements sur l'illusion et les complots comme acquis. D'autres parties, « Élucubrations » et « Nouveau !!! », notamment les discussions les plus longues, souvent en plusieurs parties, en discutent aussi, de divers points de vue.

Chaque fois qu'une société se fonde ou se refonde les vieilles querelles ne sont pas soldées mais la nécessaire cohabitation produit un compromis qui ne satisfait personne. Très vite des groupes “radicaux” mettent en place des contre-projets plus ou moins explicites remettant en cause le récent compromis, trop conservateur pour les uns, trop progressiste pour les autres, trop ou pas assez ceci ou cela pour d'autres encore. Ce qui est logique : le compromis porte sur la part limitée des questions d'ordre social opposant les parties qui contribuent à son élaboration, du fait certains éléments auxquels tient certaines parties et qui au départ ne semblent pas contradictoires au projet social global ni trop problématiques pour une part significative des parties, y seront intégrés. L'habitude masque les régularités et met en évidence les irrégularités : assez vite les aspects consensuels du compromis et ceux des éléments secondaires qui conviennent à une certaine partie deviennent invisibles, de l'ordre de l'évidence, et elle ne voit clairement que ce qui la sort de ses habitudes, qui selon ses membres va contre la borne marche de la société — qu'ils désignent par là leur propre société ou la société globale. Dans cette phase de réglage il y a beaucoup de troubles, conséquences prévisibles de la fondation. La première conséquence de cet événement est de mettre sur la touche certains acteurs qui avaient un poids social important avant cela ou l'ont encore au moins en partie, parce qu'ils ont fait des choix ou non-choix juste avant, ce qui les classe parmi les non-décisionnaires lors du compromis. La deuxième est de mettre en périphérie les parties décisionnaires les moins d'accord avec le compromis, les plus “radicales”. Toutes ces parties insatisfaites vont agir passivement ou activement contre ce compromis.

Fonction de “la gauche” et “la droite”.

Un compromis n'est pas fait pour durer, les parties signataires savent qu'assez vite il sera mis en question, ou devraient le savoir, l'élément crucial étant la liberté, en tout premier la liberté d'expression. L'idée, assez juste d'ailleurs, est qu'avec la libre expression d'opinions divergentes on donnera aux membres de la société des éléments pour nourrir leur réflexion sur la possible évolution de cette société. La première période de troubles correspond à cette phase de réglage : la proportion d'insatisfaits du compromis dépasse parfois largement celle des satisfaits mais leur division joue en faveur des satisfaits, et le temps passant la proportion de satisfaits augmente, stagne ou diminue, ce qui résultera en une réduction, une persistance ou une augmentation de l'instabilité.

L'opposition gauche et droite ou autre de cet ordre (anciens et modernes, progressistes et conservateurs, démocrates et républicains...) vise à fixer les mouvements contradictoires, les polariser pour isoler les extrêmes et rassembler vers le centre mais sans aller vers la neutralité. J'entends ces temps-ci que l'opposition gauche-droite ne peut pas disparaître, ce dont je doute, elle est historiquement datée, naît en 1791, s'affirme difficilement au cours du XIX° siècle pour ne devenir dominante en France qu'au début du XX° siècle puis se répandre dans le monde par après, probablement porté par les mouvements communiste et socialiste, pour les bolchéviks comme les sociaux-démocrates la Révolution française fut un vivier à idées. Cette opposition ne fonctionne plus pour polariser la société donc elle disparaîtra en tant qu'opposition principale — pour mémoire, fut un temps pas si lointain où l'on pouvait se dire sans honte conservateur ou progressiste, libéral ou socialiste, demain on hésitera à se dire de gauche ou de droite, on remplacera ça par, que sais-je ? Innovateurs et recycleurs ? Possible, ou on dira les rouges et les bleus, ou les verts et les jaunes... L'important n'est pas le nom mais la fonction, nécessaire pour faire d'une société un organisme.

La singularité des êtres vivants est leur capacité d'autonomie. Certes assez ou très limitée chez beaucoup et pas si élevée chez les plus complexes mais non nulle, tant qu'un être vivant vit il agit de son propre mouvement. Pour cela il n'y a qu'un moyen, contrevenir localement au deuxième principe de la thermodynamique de manière à réaliser ce dont parle le premier principe. Les voici :

* Le premier principe de la thermodynamique, ou principe de conservation de l'énergie, affirme que l'énergie est toujours conservée. Autrement dit, l’énergie totale d’un système isolé reste constante. Les événements qui s’y produisent ne se traduisent que par des transformations de certaines formes d’énergie en d’autres formes d’énergie. L’énergie ne peut donc pas être produite ex nihilo ; elle est en quantité invariable dans la nature. Elle ne peut que se transmettre d’un système à un autre. On ne crée pas l’énergie, on la transforme.
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Elle rejoint un principe promu par Lavoisier : “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”.
* Le deuxième principe de la thermodynamique, ou principe d'évolution des systèmes, affirme la dégradation de l'énergie : l'énergie d'un système passe nécessairement et spontanément de formes concentrées et potentielles à des formes diffuses et cinétiques (frottement, chaleur, etc.) Il introduit ainsi la notion d'irréversibilité d'une transformation et la notion d'entropie. Il affirme que l'entropie d'un système isolé augmente, ou reste constante.
Ce principe est souvent interprété comme une “mesure du désordre” et comme l'impossibilité du passage du “désordre” à l'“ordre” sans intervention extérieure. Cette interprétation est fondée sur la théorie de l'information de Claude Shannon et la mesure de cette “information” ou entropie de Shannon.


La question ici est : ''« l’énergie totale d’un système isolé reste constante ». Un être vivant est un système ouvert, donc bien plus soumis au second principe qu'au premier, il devrait censément aller très vite vers la décomposition, le désordre, un niveau d'entropie élevé. Donc il triche, il simule, il contourne le deuxième principe pour fonctionner comme un système fermé. Pendant un certain temps. On ne peut tricher éternellement, ce qui se vérifie pour les êtres vivants par le fait indubitable qu'ils tendent à mourir après un plus ou moins long temps : plus l'individu est actif et plus sa structure conditionne sa survie, moins il sera durable.