Ce titre et cette phrase introductive proviennent d'une vieille amorce de texte, d'il y a plus de dix ans comme presque tous les textes de ce site repris de sites antérieurs (entre 2006 et 2016 j'ai beaucoup réduit ma production par rapport aux périodes antérieure et postérieure). Factuellement, je ne l'ai jamais développé, sinon une petite introduction concernant le fait que je ne suis spécialiste de rien et notamment pas des sciences exactes, et cette phrase qui ne disait pas grand chose du propos : « Pour cette discussion sur la lumière, il faut donc considérer que je n'ai pas de connaissances de spécialiste sur la question, simplement je m'intéresse de longue date au sujet ». Ça devait être une autre approche d'un concept que j'ai développé vers 1998 ou 1999, l'idée d'un univers essentiellement plein plutôt que cet univers essentiellement vide qui est souvent présenté, d'ailleurs un peu en contradiction avec la cosmologie einsteinienne, mais peu importe ce dernier point.

Un univers essentiellement plein car en tout point de cet univers il y a de la lumière, que la lumière combine une onde et des corpuscules et que ces corpuscules, les photons, sont des particules élémentaires, qu'il ne semble pas y avoir de solution de continuité entre les photons et qu'ils ont une indéniable matérialité, sans quoi les cellules photoélectriques et les lasers seraient impossibles, tout cela donne l'idée d'un univers essentiellement plein. Là-dessus, entre l'atome d'avant et d'après Rutherford il se passe précisément que l'atome n'en est plus un, que ce qu'on a tenu jusque-là comme un élément insécable, donc proprement un atome, est en fait un composé sécable. Avec Rutherford se développe la conception d'un atome qui n'en est pas un et qui, par analogie de fonctionnement, serait un objet comparable au système solaire, donc un objet essentiellement vide avec un noyau et, gravitant autour, des électrons disposés sur plusieurs orbites. Cependant chaque particule de cet atome est une nouvelle forme d'atome, Rutherford et tous les scientifiques de cette période qui suivra la découverte de la radioactivité considèreront que les particules mises peu à peu en évidence, l'électron, le proton, le neutron (assez tard par rapport aux premiers) sont élémentaires. Je passe sur l'évolution des théories, toujours est-il que désormais ces particules sont des composites et même, des composites de composites. À chaque étape on retrouve un même schéma, des objets provisoirement matériels, compacts et insécables unis à distance par une “force” qui est d'ordre énergétique. Même si le concept n'épuise pas le sujet (toute description du réel dépend de notre capacité à l'élucider, cf. l'atome de Rutherford, la description la plus fonctionnelle à son époque, considérant les instruments conceptuels et réels dont il disposait, et qui reste assez valable selon les contextes1) du moins l'on peut dire selon ce que l'on sait actuellement de l'univers que tout objet qu'on y observe est un état particulier de ce qu'on peut nommer “énergie”, mot grec signifiant « force en action », opposé à “dynamis” qui, dit le TLF signifie « force en puissance », une opposition confirmant assez ce que dit en note sur la notion de progrès : les Grecs et on peut le supposer, d'autres ailleurs ou avant, avaient déjà compris le premier principe de la thermodynamique et même si leur explication de la chose pouvait être tout autre, du moins avaient-il intégré qu'énergie et mouvement sont deux aspects d'un même objet, “la force”.

Les choses étant ce qu'elles sont, en français contemporain “énergie” désigne les deux formes de “la force” et désigne aussi autre chose, qu'on peut dire être la forme élémentaire de tout ce qui existe dans l'univers. D'un sens on peut dire que cet univers est assez simple, que de longue date les humains ont compris et postulé son unité fondamentale, et décrit cette unité comme des états de “la force” sous des formes potentielle, agissante et effective. Pour des raisons subjectives les humains ont tendance à décrire l'univers de manière causale, même si selon les cultures cette tendance est plus ou moins prégnante. Disons, quelle que soit la culture ou la civilisation, les événements ayant lieu dans cet univers sont considérés comme pour partie causaux, pour partie aléatoires et, selon le fonds culturel on privilégie l'un ou l'autre aspect. Puis, quelle que soit la culture ou la civilisation on trouve des conceptions qui ne sont ni causales ni aléatoires ni mixtes, disons, des conceptions ternaires prenant en compte les trois aspects de “la force”2, que l'on peut dire rationnelles ou réalistes. Même si les sciences telles qu'elles existent de nos jours se sont développées assez récemment, en gros au cours des cinq derniers siècles, spécialement au cours des trois derniers pour leur organisation actuelle en domaines séparés, “académiques”, cette approche que l'on peut dire holiste, cela dans une conception ancienne, antérieure à l'invention tardive du terme, les philosophies et cosmogonies de tendance moniste.


Je publie ce texte en l'état, ce 21 janvier 2018, en comptant sur qui le lira pour continuer cette réflexion, si du moins elle mérite d'être poursuivie.


1. L'idée de progrès est en soi peu pertinente, du moins selon la conception de l'heure (en son temps le progrès n'était rien de plus que le constat qu'en mettant un pied devant l'autre, et bien, on progresse d'un point à un autre...), et moins encore en sciences qu'ailleurs. En ces domaines les théories n'ayant pas les caractéristiques élémentaires de la démarche scientifique se périment mais non les autres, en ce sens qu'elles correspondent à une vérité pour un contexte donné. Pour exemple, la relativité galiléenne est inexacte si on la considère comme une explication universelle mais, dans le contexte que l'on connaît sur la Terre, reste assez valide ; de même, la théorie newtonienne de la force d'attraction n'est pas strictement exacte mais reste assez valide dans le contexte du système solaire et même, en partie, celui de notre galaxie. L'atome de Rutherford n'est pas l'atome quantique, qui ne ressemble plus à ce système solaire miniature, mais reste assez valide à un niveau... atomique, quand on ne souhaite étudier ou manipuler que les neutrons, les protons et les électrons.
2. Les connaisseurs même lointains (tels que moi) de la saga des guerres de l'Étoile (et non de la Guerre des étoiles, comme inexactement traduit) s'interrogeront sur mon emploi de cette expression, “la Force” étant un syntagme très employé bien que peu défini dans cette série. Il faut bien sûr le voir autrement, Star Wars partage avec la majeure partie des œuvres extrêmement populaire et faisant l'objet d'une sorte de culte de reprendre des notions et des concepts très anciens et profondément enracinés dans la culture. Ici on y rassemble des mots et des formes assez universels. Comme le disait il y a peu un commentateur sur ma radio, la réputation d'œuvre de science-fiction de cette saga est assez usurpée, on n'est ni dans un cadre compatible avec notre savoir actuel comme dans 2001, l'Odyssée de l'espace, ni dans un cadre envisageable même si peu probable comme dans Mad Max ou Apocalypse 2024 ou autre récit “post-apocalyptique”, ni dans un cadre cohérent dans le contexte décrit, comme dans Star Trek où des technologies improbables (hyper-espace, téléportation) ont une base techno-scientifique d'apparence rationnelle, une “explication”. L'univers de La Guerre des étoiles est “ailleurs”, dans un passé et une galaxie lointains, une manière de dire sans le dire que c'est dans un autre univers, celui du mythe, où aucune logique n'est nécessaire, où les rayons laser ont une limite en longueur et une matérialité, où l'on peut aller en tout point de la galaxie instantanément, où les explosions dans l'espace sont bruyantes, où “la Force” ou autre moyen magique permet de détruire une planète comme de rien, etc. Mais même si on décrit un univers mythique, on le fait avec des notions de cet univers-ci. Disons, la saga de la Guerre des étoiles est de l’heroic fantasy du sous-genre science fantasy où la technologie est “futuriste” plutôt que “passéiste” mais aussi magique que dans les univers développés par J. R. R. Tolkien ou J. K. Rowling.