Tout ce que j'écris dans cette partie du site concerne, je crois, ce que je ne comprends pas. Manière d'écrire : je comprends, sans vraiment comprendre. Je comprends ce que disent certaines personnes — beaucoup de personnes — sur certaines notions, et comprends même leurs motifs de le dire, mais je ne comprends pas réellement ces notions. C'est le cas de cette conception des individus comme composés d'une âme et d'un corps. De certains individus. Pour l'essentiel, les humains et assimilés — deux notions d'extension variable, dans telles cultures tout en cet univers fait partie des assimilés, dans telles seule une part plus ou moins large des humains généalogiques sont considérés humains, dans telles une part des humains généalogiques figure parmi les humains et une part du reste de l'univers figure parmi les assimilés, voire parmi les humains. Bref, rien n'est simple. En tout cas, il semble que sans être assurément universelle, la notion des individus comme composés de deux éléments en opposition, quelque chose assimilable à “l'âme” ou “l'esprit” et quelque chose déterminable comme “le corps” ou “la matière” — est très partagée. Pas aussi bien partagée que le bon sens mais pas loin.

Cette division pose problème. Elle pose un problème principal : certains humains — je parle des humains généalogiques — considèrent que seule l'âme importe, d'autres que seul le corps importe. Plus ou moins l'idée que l'une des parties découle de l'autre, il importe alors de protéger et préserver cette partie sans trop tenir compte de l'autre. Ce n'est pas un problème en soi si ça peut en être un pour les personnes qui considèrent leur individu de cette manière, parfois pour leur entourage immédiat, mais ça devient un problème important quand elles tentent d'obliger d'autres personnes à se comporter selon leur propre conception des choses et qu'elles le font à plusieurs, un problème grave quand deux ensembles humains ou plus tentent de le faire et s'opposent sur la partie qui importe ou la manière de privilégier la partie qui importe. Or, et vous ne l'ignorez pas, il existe effectivement des ensembles humains qui divergent de cette manière. D'ailleurs il y a de fortes chances — ou un fort risque — que vous-même participiez d'un ou plusieurs ensembles de ce genre. Je veux dire, que vous en participiez volontairement, par choix, pour mon compte d'en participe aussi mais contre mon gré, il se trouve que dans la société où je vis la notion de séparation entre corps et âme domine, dès lors que je compte en rester membre il me faut faire quelques concessions, agir “comme si”. Non que je dissimule le fait que je n'adhère pas à cette notion sinon dans les rares cas où ça se révèle nécessaire pour ma préservation.

Pour exemple, comme la votre ma société adore le veau d'or. Tout y est organisé pour qu'on doive faire les gestes de la dévotion si l'on veut obtenir quoi que ce soit ; bien que je n'adhère pas à cette religion et ne le cache pas je suis bien obligé de faire les gestes. Ça m'ennuie mais c'est secondaire, ça n'a pas très grand effet (vous ne l'ignorez pas je pense, adorer le veau d'or n'a pas d'effet très notable sur la réalité) ou du moins, pas grand effet pour qui fait les gestes sans adhérer au culte, ça revient plus ou moins à lever les bras en l'air et agiter les mains en criant très fort « Abracadabra ! », une perte de temps minime pour peu qu'on le fasse le moins souvent et le moins longtemps possible.

D'un sens ça n'est pas très important, cette histoire de veau d'or, le véritable problème est la multiplicité des cultes, certains n'adorent pas le même métal ou la même image, tel va rendre son culte au veau de platine, tel au veau de pâte à modeler, tel à l'aigle, au saumon ou à l'abeille d'or, d'argent, de platine ou de pâte à modeler, tel rendra son culte au Petit Lutin Vert, tel à YHWH, tel... Bref, les cultes sont infinis, par contre presque tous ces adorateurs s'entendent sur deux points : l'opposition entre le corps et l'âme et la très grande nécessité de rendre au moins un culte.


Je discute dans divers textes des complots en disant entre autres que je n'y crois pas mais que je les constate. J'évoque aussi les conspirations, dont je n'ai jusque-là pas dit que j'y crois mais que je ne les constate pas. C'est que, j'ai un rapport distant aux croyances, pour dire ce que je considère vraiment, je sais qu'il existe un phénomène qu'on peut décrire comme des conspirations, prétendre que j'y crois me semble exagéré mais ça y ressemble. Concernant les complots il s'agit d'autre chose, ce qu'évoqué précédemment peut permettre je crois de comprendre ce que je veux signifier. De mon point de vue, un être vivant est un individu, de ce que j'en peux savoir nul n'a jamais prouvé de manière indéniable l'existence de corps sans âme qui se meuvent et agissent, ni d'âmes sans corps qui se meuvent et agissent, si même l'on prend au sérieux les notions d'âme et de corps, indéniablement un individu vivant est âme et corps indissociablement. On peut certes faire l'hypothèse d'un “autre monde” où les âmes sans corps vivent leur propre vie et les corps sans âme de même, mais si c'est dans un autre monde ça n'a guère d'incidence dans ce monde-ci, et pour ce qui me concerne je ne compte pas agir en ce monde en vue d'une bonne vie dans un hypothétique autre monde, c'est pour et dans ce monde que je compte agir pour une bonne vie, et je le fais autant que possible.

Conspirer consiste à agir dans ce monde pour agir aussi bien que possible et, par l'action et par la parole, tenter de persuader ses semblables d'en faire autant, de mener pour eux-mêmes et à leur propre manière une vie aussi bonne que possible. Comploter consiste en mener une vie ni bonne ni mauvaise en soi mais en tentant de persuader ou d'obliger ses semblables à mener la même vie que soi. La conséquence inévitable d'un complot est d'amener qui en mène un de mener une fausse vie, une vie autre que celle qu'il suppose bonne puisqu'il agit contre la volonté de ses semblables, et ce faisant ne mène pas lui-même cette vie qu'il prétend bonne, il vit une autre vie en amenant des tiers à mener sa vie à lui. La description est complexe mais le principe simple : si j'agis en conformité avec ma propre conception de ce qu'est une vie bonne, nécessairement je ne dois pas contraindre un tiers à mener ma vie, à mener une vie telle que la mienne, d'abord parce que personne n'est pareil à personne, ensuite parce que ce faisant je ne mènerai plus ma vie de la manière que j'estime bonne. Je serais alors dans le faux, dans l'erreur, et mon action sera fausse, erronée. Croyant agir pour le bien, par le fait j'agirai contre lui.

Considérez mon histoire de veau d'or. Vous l'aurez compris j'espère, je parlais de ce qu'on nomme monnaie ou argent. Symboliquement la monnaie représente des actions et des objets, des “services” et des “biens”. Mais la monnaie est en elle-même un service et un bien. Adorer le veau d'or revient à donner plus de valeur à la monnaie même qu'à ce qu'elle représente. De ce fait, quand on constate dans une société qu'il y a trop d'adorateurs de la monnaie et qu'on souhaite que ça ne soit plus le cas il y a deux manières fausses d'y tendre, les monnaies dites alternatives1 et la fin de la monnaie. Tant que la monnaie reste un symbole, un trait d'écriture dans un livre de compte ou sur une lettre de change, elle est un bien sans valeur et un service sans peine, dès lors qu'elle devient un service ou un bien coûteux elle perd son caractère de symbole et vaut par elle-même, indépendamment de la valeur de ce qu'elle est censée représenter. Maintenant, la monnaie est utile : tout rapport social est symbolique, de ce fait un symbole secondaire de peu de valeur permet quand besoin de représenter un symbole de bien plus grande valeur. Petit coût, grand usage. Une monnaie alternative ne fait que déplacer le problème, résoudre le problème de l'adoration de la monnaie ne se fait pas en adorant le veau de pâte à modeler ou la tortue d'argent mais en remettant la monnaie à sa juste place : un trait d'écriture sur un livre de compte. La fin de la monnaie ne résout pas le problème en ce sens qu'elle interdit ce que permet la monnaie, la promesse différée d'un bien ou d'un service, tout engagement doit alors s'acquitter sans délai. La solution est de nouveau de remettre la monnaie à sa place, celle de symbole d'un engagement réciproque.


Les complots ? Très simple : croire que ce qui vaut pour soi vaut pour tous, et agir en vue de faire que tous soient comme soi. Ce qui a plusieurs effets allant contre le but que l'on se fixe.

Premier effet, direct : on agit dans le monde autrement que de la manière que soi-même on juge bonne. Deuxième effet, direct par sa méthode, indirect par son résultat : transformer des tiers proches en ce qu'ils ne sont pas, les faire agir d'une manière qu'ils ne jugent pas bonne ou ne pas agir de la manière qu'ils jugent bonne, ou les faire agir d'une manière qui ne leur est pas bonne. Troisième effet, direct par sa réalisation, indirect par sa méthode et ses effets : agir en vue de “transformer la réalité”, pour tenter de persuader des tiers d'agir d'une certaine manière, celle que l'on estime bonne, ou de ne pas agir d'une manière que l'on ne juge pas bonne, ou ne pas leur permettre de voir la possibilité d'agir d'autre manière que celle qu'on souhaite. Quatrième effet, conséquence des trois autres : faire de la société l'enfer sur la Terre, un lieu où le mal domine et ou le bien est rare.

Le premier effet est direct mais découle des deux autres : si je souhaite mener une bonne vie et dans le même temps amener des tiers à vivre cette même vie et si je constate que j'y réussis peu, je mettrai en œuvre des moyens à même de réaliser ce projet, des moyens autres que la persuasion par l'exemple et la parole juste. La mise en œuvre de ces moyens m'amènera à agir d'autre manière que celle que je juge bonne, avec certes pour objectif “un plus grand bien” mais comme résultat immédiat “un mal”. Or, contrairement à ce faux précepte, d'un mal ne peut jamais naître un plus grand bien, le premier mal est envers moi, le second envers ceux qui agiront pour le mal et ceux qui le subiront, le troisième envers la société, en y semant le mal d'y crée le trouble et la division. Résultat : le contraire du bien pour moi comme pour les tiers agents ou objets de mon action, et à la fin pour toute la société.

Le second effet ? Il est réalisé par l'éducation ou par la contrainte. L'idée est d'amener les personnes sur lesquelles on a un pouvoir sur l'âme ou sur le corps ou sur les deux, à agir d'une certaine manière que l'on estime favorable à augmenter le bien dans le monde. Or, toute action contrainte ne peut pas correspondre à ce qu'on en escompte, nécessairement les personnes agiront mal, c'est-à-dire d'une manière qui n'est pas la leur et pour un but qui n'est pas le leur, donc sans vraiment comprendre pourquoi, donc comment, agir bien selon la manière dont ils doivent agir, ou agiront pour le mal, en agissant autrement que ce qu'elles sont censé faire : quand on ne sait pas pourquoi on agit comme on doit le faire ou qu'on ne veut pas agir ainsi, on agira autrement, par volonté ou par impuissance.

Le troisième effet est proprement ce qu'on peut nommer complot. Le plus souvent les personnes qui les mettent en œuvre ne considèrent pas la chose ainsi, elles se voient plutôt comme des sortes de “contre-complotistes”, mais le contre-complot c'est comme le contre-espionnage : si j'use des moyens de mon adversaire pour lutter contre mon adversaire, suis-je l'inverse de mon adversaire ou suis-je l'image inversée de mon adversaire ? Si mon adversaire complote et si j'use des mêmes moyens que lui pour lutter contre lui, par le fait je complote... Les moyens de comploter sont divers, leur mise en œuvre requiert la mise en place des deux effets précédents, se contraindre et contraindre des tiers à agir autrement que de la bonne manière.

Dire qu'il s'agit de “transformer la réalité” n'a pas de sens, la réalité ne se change pas, elle est ce qu'elle est, tout au plus peut-on très localement ou très brièvement donner le sentiment que la réalité est autre que ce qu'elle est. J'appelle cela l'illusion, et sa mise en œuvre, l'illusionnisme. Cela dit on change cependant la réalité mais très marginalement et beaucoup moins qu'il peut en sembler. Ce qu'on change vraiment est sa perception. Cela dit, cette illusion a un effet sur la réalité mais tout autre que celui prévu. Ou non, ça dépend de la nature du complot : s'il est un moyen, la fin ne sera pas celle prévue, s'il est une fin, si c'est proprement un complot, la fin à court ou moyen terme sera probablement celle visée mais à long terme le résultat deviendra de plus en plus imprévisible et in fine sera tout autre que celui espéré.


Les “vrais” et les “faux” complots... Tout complot est à la fois vrai et faux. Vrai parce qu'il a lieu, faux parce qu'il réalise toujours autre chose que ce qu'en prévoient ceux qui les initient. Ils ont toujours trois buts possibles, changer la société, empêcher la société de changer, détruire la société. Aucun n'est réaliste car aucun n'est réalisable, cependant ils ont des effets sur la société. Comme dit, autres que ceux prévus par leurs auteurs, mais des effets, et en général des effets défavorables. Je m'invente des sentences ou des aphorismes, ça étaie mes argumentaires, par exemple,

Si un niveau de maçon est “un peu” faux, tous les calculs basés sur lui seront “un peu” faux et les résultats obtenus par ces calculs seront entièrement faux.

Un complot est fondamentalement un projet social comme un autre, et comme tout projet social il aura une évolution imprévisible. On dit que l'erreur est humaine, on peut élargir la chose à tout ce qui concerne le vivant. On dit que l'on apprend de ses erreurs, or ça ne se vérifie pas toujours, en outre on n'apprend pas toujours des erreurs des autres, et le problème gît là : n'apprenant pas de ses erreurs on y persiste et elles deviennent des fautes par leur répétition volontaire qui fausse toujours plus l'évolution du projet. Ce que je nomme “vrai complot” est un projet où l'erreur a lieu avant même la réalisation du projet, on base ses actions sur une analyse fausse ou erronée du contexte initial, cette erreur ou faute initiale se propageant tout au long de sa mise en œuvre ; un “faux complot” serait alors un projet qui part d'une analyse exacte ou réaliste du contexte initial mais qui ne tient pas compte, lors de sa réalisation, des évolutions non prévues que lui-même induit ou que des événements incidents modifient, mais où les acteurs ne tiennent pas compte de ces évolutions.

Le cas actuel le plus évident est ce qu'on nomme “changement climatique” ou de manière plus restreinte “réchauffement climatique”, dont la cause probable est la manière même dont les sociétés humaines sont organisées et structurées. Après une première phase initiale de déni, depuis le début de la décennie 2010 une part toujours plus significative des humains accepte la notion et ce qui s'y attache mais pour diverses raisons une large majorité d'humains ne parvient pas à sortir de son schéma de comportement, du fait toute “solution” qui envisage un processus de correction du problème sans remettre en question sa cause, tel le “développement durable”, apparaît attractif. Or, le “développement” au sens qu'il a dans cette expression, c'est-à-dire la supposée croissance, mais “durable”, ne peut pas être une solution puisque consistant simplement en “la même chose en plus aimable”, donc la même chose, mais la même chose en plus gros, puisque la promesse d'une croissance infinie est déjà aimable. Même il y eut et s'il y a encore des “groupes de pression” qui agissent sciemment pour empêcher toute solution qui irait contre leurs intérêts immédiats, l'aspect “complot” de cette acceptation de fausses solutions est un faux complot parce qu'il n'y a pas proprement d'action concertée, il y a bien une action concertée mais antérieure, il s'agit d'un conditionnement social très général a priori favorable qui peut se révéler défavorable dans certaines circonstances, que j'explore un peu dans la partie « La Terre est plate » de la discussion « La Bonne Parole ».


Sans discuter de son fondement la division “corps” et “esprit” est en tout cas fonctionnelle, on n'éduque pas le corps comme on éduque l'esprit. La question de l'éducation est l'une des plus cruciales pour les sociétés humaines, contrairement aux autres sociétés celles humaines n'ont pas de limite dans l'espace et le temps, et sont “modulaires”, composites, elles ont du inventer la “personne” qui comme en français et comme dans de nombreuses langues recouvre trois sortes d'entités, la personne physique, les individus, la personne morale qui peut être un individu ou un ensemble d'individus, et la non-personne, la personne “qui n'est personne”, qui n'est pas une personne. Le sens original du mot en latin est “masque”, une persona est plus spécialement un masque de théâtre, à la fois une représentation, l'image de l'être présenté sur le théâtre, et un porte-voix, le verbe personare dont persona dérive signifie proprement “parler à travers”, ici à travers un masque qui amplifie cette parole. L'évolution du terme en ses acceptions actuelles est assez logique dès lors qu'il s'est mis à désigner l'être social en tant qu'il “joue un rôle” – qu'il a une fonction sociale et qu'en tant qu'être social il adapte son comportement et son apparence pour assurer sa fonction et montrer plus ou moins ostensiblement son statut.

Un philosophe qui m'agace souvent, Jean-Paul Sartre, base ses envolées très idéalistes sur des observations assez pertinentes, comme celle du garçon de café :

Si la franchise ou sincérité est une valeur universelle, il va de soi que sa maxime “il faut être ce qu'on est” ne sert pas uniquement de principe régulateur pour les jugements et les concepts par lesquels j'exprime ce que je suis. Elle pose non pas simplement un idéal du connaître mais un idéal d’être, elle nous propose une adéquation absolue de l'être avec lui-même comme prototype d'être. En ce sens il faut nous fait être ce que nous sommes. Mais que sommes-nous donc si nous avons l'obligation constante de nous faire être ce que nous sommes, si nous sommes sur le mode d'être du devoir être ce que nous sommes ? Considérons ce garçon de café. Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d'un pas un peu trop vif, il s'incline avec un peu trop d'empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d'imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d'on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule, en le mettant dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu'il rétablit perpétuellement d'un mouvement léger du bras et de la main. Toute sa conduite nous semble un jeu. Il s'applique à enchaîner ses mouvements comme s'ils étaient des mécanismes se commandant les uns les autres, sa mimique et sa voix même semblent des mécanismes ; il se donne la prestesse et la rapidité impitoyable des choses. Il joue, il s'amuse. Mais à quoi donc joue-t-il ? Il ne faut pas l'observer longtemps pour s'en rendre compte : il joue à être garçon de café.

Souligné par l'auteur. Dans la discussion d'où je reprends ce passage, la partie III de la série « Complots », je précisais que Sartre nomme cela la “mauvaise foi”, par contraste à la sincérité. Selon moi, et selon beaucoup d'autres, il s'agit aussi bien de deux formes de mauvaise foi que de sincérité. En tant qu'idéaliste Sartre a tendance privilégier l'esprit et à minorer le corps, d'où son hypothèse non vérifiée que la sincérité est “dans l'esprit” et la mauvaise foi “dans le corps”. Un philosophe matérialiste aurait dit l'inverse, c'est le cas par exemple de son contemporain Maurice Merleau-Ponty qui place plutôt la sincérité “dans le corps” et plus spécialement les organes de sens, la mauvaise foi “dans l'esprit”.

Tantôt l'esprit est dans la mauvaise foi, tantôt dans la sincérité, de même pour le corps. Je reprends ses expressions à Sartre mais j'aurais dit autrement. Tel que je le comprends, pour Sartre il y a quelque chose comme une âme, un “noyau d'esprit” qui serait la base de ce qu'il nomme sincérité, et dont le corps ne serait que le réceptacle.


1. Je précise, les monnaies alternatives et non les monnaies locales, qui ont une tout autre fonction, il ne s'agit pas de remplacer une monnaie par une autre mais de localiser les échanges, et en ce cas elles fonctionnent bien comme des monnaies, simplement leur cours se limite à un territoire précis et ne vaut rien en-dehors. On les nommerait plus justement de monnaies complémentaires qu'alternatives.